12 albums pour découvrir le jazz

par Jules Joffrin – Woodbrass Team

Tous les ans, pour la nouvelle année, vous faîtes votre liste de bonnes résolutions. Entre « manger cinq légumes par jour (en comptant la laitue et la tomate du Big Mac) » et « prendre des cours de yoga », vous revenez régulièrement sur cette promesse faîte à vous-même : « écouter du jazz ». Du coup, pour vous aider à tenir cette résolution, nous vous avons choisi un album à écouter par mois. Suivez le guide, nous sommes (aussi) là pour ça.

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Comme pour tout style musical, l’appréciation du jazz demande de s’y mettre un minimum pour développer la culture qui permet de se faire vraiment plaisir. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un style qui ne passe pas à la radio et qu’on écoute difficilement à moins d’avoir eu la chance d’y être initié. Mais que vous soyez musicien ou mélomane, l’univers du jazz est passionnant et, pour peu que vous preniez la peine d’écouter ces dix albums en boucle, ça ne sonnera plus jamais comme de la musique d’ascenseur à vos oreilles !

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/9/9c/MilesDavisKindofBlue.jpg/220px-MilesDavisKindofBlue.jpgMiles Davis – Kind Of Blue
S’il ne devait en rester qu’un, ça serait sans aucun doute celui là ! Le classique des classiques, l’album de jazz le plus vendu de tout le temps et l’un des plus fascinants. En cinq titres, Miles et son équipe de choc (dont John Coltrane et Canonball Adderley aux saxos et Bill Evans au piano) inventent la musique modale à coups d’improvisations toutes plus inspirées les unes que les autres, et cette découverte sera une révolution pour tout le monde, du jazz au Grateful Dead en passant par Hendrix. Chaque note est touchée par la grâce, et à chaque réécoute on y découvre une profondeur supplémentaire. Intemporel et puissant, et exceptionnel même au sein de la discographie dantesque de Miles.

http://www.beejazzy.net/images/Spaceman_john-coltrane-a-love-supreme.jpgJohn Coltrane – A Love Supreme
En 1964, armé de son Selmer Mark VI flambant neuf, Coltrane enregistre l’œuvre qui définit son style mieux qu’aucune autre. Le poème mystique en quatre parties A Love Supreme est à mi-chemin entre le hard bop de sa première période (Blue Train notamment) et la bizarrerie envoûtante de ses albums free jazz à venir. Le batteur Elvin Jones y ajoute son génie de la percussion qui inspirera énormément Christian Vander (Magma). Il y a de nombreux albums de Coltrane qui méritent d’être explorés (Giant Steps, My Favorite Things… il n’a jamais vraiment signé de mauvais disque), mais celui-ci a un petit quelque chose en plus, ce qui n’est pas peu dire.

The Dave Brubeck Quartet – Time Out
Décidément 59 était une très belle année pour le jazz… Le pianiste Dave Brubeck signe ici son chef d’œuvre, sur lequel on retrouve même le titre qui se rapproche le plus de ce qu’on pourrait appeler un « tube » dans le domaine jazz, le fameux Take Five qui n’a pourtant rien de dansant avec sa mesure en 5/4. D’ailleurs, tout l’album est une explorations des possibilités compositionnelles des mesures asymétriques, comme le fameux Blue Rondo à la Turk en 9/8, adapté sous le nom A Bout de Souffle par Claude Nougaro.

http://mingusmingusmingus.com/images/mingusahum.jpgCharles Mingus – Mingus Ah Um
Encore un chef d’œuvre de 1959 ! Celui ci est dû au génial contrebassiste et compositeur Charles Mingus, qui a signé beaucoup d’autres albums passionnants (Pithecanthropus Errectus, The Black Saint And The Sinner Lady…). Celui ci tire son épingle du jeu par la grande qualité des compositions, dont le standard Goodbye Pork Pie Hat qui est devenu un classique du rock entre les mains de Jeff Beck. Ah Um est une sorte d’autobiographie musicale en cela que Mingus y explore toutes ses influences marquantes, morceau par morceau, pour une véritable exploration de sa personnalité complexe.

Herbie Hancock – Maiden Voyage
En 1965, le pianiste Herbie Hancock n’a que 24 ans. Pourtant, cinquante ans plus tard, Maiden Voyage sonne toujours comme une œuvre d’une maturité impressionnante. Les compositions sont superbes (Maiden Voyage et Dolphin Dance sont devenues de véritables standards) et Hancock y est entouré d’une véritable dream team de musiciens qui ont tous connu de très belles carrières solo (Freddie Hubbard à la trompette, George Coleman au saxo, Ron Carter à la basse et Tony Williams à la batterie). Hancock lui-même y est au sommet de ses capacités, et développe une ambiance aquatique parfaitement fascinante.

http://365jazz.files.wordpress.com/2011/04/bill-evans-trio-sunday-at-the-village-vanguard.jpgBill Evans – Sunday At The Village Vanguard
La plupart des albums de jazz ont été enregistrés dans les conditions du live, avec tous les musiciens dans la même pièce, alors pourquoi ne pas enregistrer devant un public pour profiter de cette énergie précieuse qui est échangée avec les musiciens ? Pour cet album de 1961, le pianiste Bill Evans a choisi le club Village Vanguard à New York et s’est entouré d’une section rythmique de choc avec le bassiste Scott LaFaro (qui signe deux des six titres) et le batteur Paul Motian. L’interaction entre les trois créée des étincelles, et chaque note paraît être le fruit d’une longue réflexion tant elle est juste.

http://johannasvisions.com/wp-content/uploads/2013/03/Ornette-Coleman-The-shape-of-jazz-to-come.jpgOrnette Coleman – The Shape Of Jazz To Come
A votre avis, de quand date cet album ? Eh oui, 1959 ! Il a dû se passer quelque chose de spécial à New York cette année-là… Le saxophoniste Ornette Coleman a intitulé son album « la forme du jazz à venir » et il n’a pas menti : pour l’époque, cet album était un véritable OVNI. Il y a bien des thèmes qui reviennent dans ces six morceaux, mais la plupart du temps, les différents instrumentistes improvisent en toute liberté, et l’absence de piano fait qu’il n’y a pas d’accords en accompagnement. Par ce seul album, Coleman invente le free jazz et éclate définitivement les repères du genre. Nous vivons encore dans ce monde musical post-Shape Of Jazz To Come.

http://culturieuse.files.wordpress.com/2013/06/theloniousmonk-solomonk.jpgThelonious Monk – Solo Monk
Le pianiste Thelonious Monk a joué avec Art Blakey, Miles Davis, Sonny Rollins et a même fait un excellent album en duo avec John Coltrane, mais il n’a jamais été aussi bon que seul face à son instrument. Cet album de 1965 présente douze titres où l’on entend le génie de Monk sous sa forme la plus nue. Rien ne vient arrondir les angles, et ses fausses notes volontaires résonnent avec une profondeur toute particulière. Son jeu ne ressemble à rien d’autre, et il peut paraître brutal et rustre au premier abord, mais il suffit de réécouter l’incroyable Ruby My Dear sur cet album pour entendre la beauté sauvage qui se cache derrière.

http://www.leffetboeuf-laradio.fr/medias/images/bird-and-diz.jpgCharlie Parker et Dizzy Gillespie – Bird and Diz
Bird est le surnom du saxophoniste Charlie Parker, Diz est le diminutif du trompettiste Dizzy Gillespie. Les deux sont des références absolues dans leurs domaines respectifs, et la réunion des deux dans un studio new yorkais en 1950 reste un moment historique du jazz. L’esprit de compétition entre les deux est manifeste et dès que l’un prend un solo après celui de l’autre, on sent l’envie de jouer la phrase qui fera la différence. Pour ne rien gâcher, on retrouve Buddy Rich (la principale influence de John Bonham) et Max Roach à la batterie, et Thelonious Monk au piano. D’ailleurs ça s’entend bien…

http://mingus.onttonen.info/details/bluenote/cdp46398-b.jpgDuke Ellington, Charlie Mingus, Max Roach – Money Jungle
Cet album de 1963 réunit trois des plus grands noms du style, toutes époques confondues : le pianiste (et chef d’orchestre) Duke Ellington, le contrebassiste Charles Mingus et le batteur Max Roach. Le Duc a beau avoir vingt ans de plus que sa section rythmique, l’entente entre les trois donne une interaction d’autant plus belle qu’elle est précaire : les trois s’expriment de manière complètement libre, et on sent que la contrainte de la composition ne pèse pas lourd par rapport au plaisir qu’ils prennent à jouer, mais ils se retrouvent toujours et forment un vrai son d’ensemble.

The Brecker Brothers – Don’t Stop The Music
Changement d’époque (nous sommes en 1978), changement de style : le jazz intègre de la funk et même de la disco dans la batterie, le chant et les arrangements de cordes. Comme leur nom l’indique, les deux auteurs de ce classique de la fusion sont deux frères, Michael Brecker au saxophone et Randy Brecker à la trompette. Le côté lyrique de leur jeu illumine véritablement un titre comme Funky Sea, Funky Dew, et les mises en places ultra-précises rappellent Blood, Sweat And Tears, groupe qui comptait Randy parmi ses membres fondateurs. Les deux frangins sont devenus de véritables légendes du studio, puisque leurs cuivres précis et brillants apparaissent sur les albums de très nombreux artistes, dont Frank Zappa, Parliament ou encore Todd Rundgren.

Wes Montgomery – The Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery
En 1960 ils ne s’embêtaient pas à trouver des titres compliqués. Ici, tout est annoncé dès la pochette : « l’incroyable guitare jazz de Wes Montgomery ». Et il est effectivement difficile de trouver un guitariste jazz qui a plus marqué le monde de la musique au sens large que Wes. Le son chaud et fluide qu’il tire de sa Gibson L-5 jouée au pouce (avec ses fameuses octaves à la main gauche) est à la fois très proche de la voix humaine et installe l’auditeur dans un confortable matelas sonore. Lorsqu’en plus il est entouré d’acolytes aussi brillants que sur ce grand classique (son quatrième album en deux ans !), le nirvana à six cordes n’est pas très loin…

Une réflexion au sujet de « 12 albums pour découvrir le jazz »

  1. Bon choix !
    Cependant, pour « découvrir » le jazz, Mickeal Breaker, John Coltrane, c’est un peu trop je pense ! Même si ce ne sont pas les albums les plus réservés aux « initiés » du jazz, ces deux là artistes là restent assez peu accessibles !

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