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Alabama Monroe : bluegrass et cinéma

par Julien Bitoun – Woodbrass Team

Les amateurs de cinéma n’ont pas pu rater la sortie de l’excellent Alabama Monroe. Ce film belge réalisé par Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses) a beau se passer à quelques centaines de kilomètres de chez nous, son ambiance nous plonge dans l’Amérique profonde.

Alabama-MonroeTout ça aurait pu être une histoire d’amour tout à fait classique : Elise rencontre Didier, ils tombent amoureux, et ils ont une fille. Le drame s’en mêle, et rien ne va plus. Je ne vous gâche pas le plaisir de découvrir l’intrigue (je vous recommande juste un gros paquet de mouchoirs), mais c’est surtout l’ambiance du film qui fait de Alabama Monroe un bijou à part. Didier est obsédé par la culture américaine : il vit dans une ferme isolée, conduit un pick-up et joue du banjo dans un groupe. Elise est tatoueuse, fan d’Elvis Presley et plus proche du milieu rockabilly. Au contact de son prince charmant, elle s’initie à la musique country et finit par rejoindre son groupe comme chanteuse / guitariste. On aperçoit d’ailleurs pas mal de belles acoustiques au cours du film, Martin et Guild en particulier.

Vous avez dit country ?

Mais country est un mot qui veut tout et rien dire à l’heure actuelle. Taylor Swift et Johnny Cash sont country, c’est dire à quel point l’acception est large… Alors de quelle country parle Alabama Monroe ? Du bluegrass. Ce style est très peu connu en France et il faut donc espérer que ce film aide à le populariser. Il s’agit de la forme la plus roots de country, sans instruments amplifiés, en pure acoustique. Ses origines remontent  à la fin du 19è siècle dans les montagnes des Appalaches, mélangeant différentes traditions comme la folk britannique, la musique d’église, le jazz ragtime et la transe africaine. Le résultat est une musique entraînante, souvent très rapide et virtuose, jouée en instrumental ou avec des voix harmonisées.

Le groupe bluegrass

La formation bluegrass typique mêle guitare acoustique, dobro, mandoline, banjo, fiddle (violon) et contrebasse. Le banjo vient de la musique africaine alors que la mandoline est européenne, et le fiddle d’Europe de l’Est. La juxtaposition est radicale, et de nombreux instrumentistes se penchent sur le bluegrass comme un défi, pour les prouesses techniques qu’il exige. Il suffit d’écouter le jeu de banjo de Earl Scruggs sur le fameux instrumental Foggy Mountain Breakdown pour voir que les virtuoses comme Steve Vai n’ont rien inventé côté vitesse d’exécution.

Are you experienced ?

Comment s’initier au bluegrass ? Il suffit de commencer par l’homme qui a donné son nom au style : Bill Monroe. Dans Alabama Monroe, Didier cite d’ailleurs ce joueur de mandoline comme son musicien favori. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : toutes les règles du genre sont présentes dans les enregistrements qu’il a réalisé avec ses musiciens entre 1940 et 1991. On y trouve des instrumentaux ultra rapides, des ballades chantées, et de nombreux morceaux qui sont devenus des classiques de la country au sens large. Pour vous faciliter la tâche, des compilations de plus de cent titres de Monroe sont disponibles sur les iTunes pour moins de cinq euros ! Afin de continuer l’exploration, rien de tel que la famille Carter (dont l’une des filles June Carter a épousé Johnny Cash), puis le Nitty Gritty Dirt Band, dont l’album de 72 Will The Circle Be Unbroken regroupe les superstars du genre. Pour les guitaristes, l’écoute approfondie de Doc Watson et Merle Travis (qui a donné son nom au Travis picking) est indispensable.

Actualité brûlante

Et à l’heure actuelle, que devient le bluegrass ? Il ne s’est jamais aussi bien porté ! La violoniste / chanteuse Alison Krauss vend des millions d’albums, et de très nombreux groupes s’initient au style par l’intermédiaire de groupes acoustiques comme les Mumford And Sons. Les festivals bluegrass fleurissent un peu partout, et même en France le chanteur Sanseverino vient de sortir l’album Honky Tonk sur lequel il chante entouré uniquement des instruments typiques du style. C’est le moment de s’y mettre donc !

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