Alain Pluchot (Woodbrass Studio Pro) – Interview

Par Woodbrass Team

Le saviez-vous ? Woodbrass a désormais un département studio pro ! Parce que les besoins des ingénieurs qui vivent de leurs mixes et masters ne sont pas les mêmes que ceux des home studistes, et parce que dans la jungle des références il est bon de savoir à qui s’adresser, Alain Pluchot a rejoint nos rangs pour aiguiller même les oreilles les plus fines. Comme il le raconte dans cette interview, Alain fait partie des grands du milieu audio français, et a travaillé avec à peu près tout le monde à un moment ou un autre, qu’il s’agisse d’artistes de renom, des majors du disque ou des plus gros studios. Et pour ne rien gâcher, il se souvient de tout !

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Y a-t-il un morceau particulier qui t’a amené le déclic ?
Bien sûr, c’est Jean Genie de Bowie. Puis il y a eu Deep Purple, Slade, Lou Reed, le Velvet Underground et naturellement Led Zep et AC/DC. Et je me suis pris une grosse gifle avec Rush, que j’ai eu la chance de voir sur scène une fois. C’est même le seul concert où j’ai versé une larme : ils n’étaient pas passés en France depuis une éternité à l’époque. Je suis aussi passé par Zappa.

Quelle a été ta pratique musicale ?
Avec mon groupe, on faisait surtout du progressif à la Gong ou PFM, un groupe italien hallucinant. J’ai commencé la batterie à 17 ans, en autodidacte, et je n’ai fait que ça de mes 18 à mes 23 ans. Je me levais le matin, je jouais et je me couchais. Après ça il a fallu bosser donc je suis monté sur Paris et j’ai fait plein de petits boulots : j’ai vendu des tableaux par exemple. Je suis revenu en province et j’ai fait mes armes commerciales en vendant des fenêtres en PVC. Je suis passé commercial dans l’Ouest, je me suis coupé les cheveux et je portais un costard mais mon truc c’était toujours la musique… J’en ai donc eu marre.

akg_c411xComment en es-tu arrivé à travailler dans la musique ?
Un gros coup de chance… Un pote à moi, François (Foun pour les intimes), est rentré dans un magasin de musique à Pigalle qui s’appelait Central Rythme, tenu par André Leprêtre et François Bronic. Ça lui a permis de mettre un pied dans Pigalle, qui était à l’époque le centre de la musique en France, et la plus grosse concentration au monde de magasins de musique dans un même quartier. J’ai donc commencé à chercher du boulot dans le quartier, et François Bronic m’a recommandé de tenter ma chance chez Mettler Audio, qui était le plus gros magasin de Paris. J’y suis allé au culot, et ils m’ont pris à l’essai pour une journée, qui est devenue une semaine d’essai qui s’est transformée en boulot. Je n’avais aucune expérience du son, j’étais juste batteur, mais je suis rentré au département studio et sono. Mon tout premier micro vendu était un AKG C411 !

Comment s’est fait ton apprentissage ?
On avait une chance inouïe à l’époque, c’est qu’il n’y avait pas de secret. On avait énormément de pros qui venaient dans les magasins, des gens connus ou pas qui bossaient vraiment. Lorsqu’ils discutaient dans le magasin, moi j’écoutais tout. D’autre part, j’ai lu énormément de documentation. Il y avait aussi Michel (connu dans le métier sous le nom de Mimi), qui s’occupait de construire les enceintes pour Metler et qui m’expliquait des milliards de choses. Luc Mettler lui-même n’était pas non plus avare de conseils. Lorsqu’il est décédé, le magasin a été racheté, des nouveaux sont arrivés et ils ont voulu tout changer. J’ai donc démissionné, et mon pote François Bronic montait alors un magasin de guitares et il avait besoin de quelqu’un pour s’occuper du magasin sono / micro / connectique / casques qui allait avec. C’était Backstage, et tous les employés étaient musiciens. On m’a ensuite proposé de m’occuper des grands comptes, des pros, des maisons de disques… à l’époque on avait tous les grands rappeurs parmi notre clientèle. C’était en 1996. Après ça, le magasin à été racheté par un groupe financier, et tous les dirigeants se sont faire virer. En 2002, on a monté Playback avec un concept complètement différent. C’était le début du web. On a pris un tout petit local Place de Clichy au rez-de-chaussée fond de cour, on a fait ça avec très peu d’argent donc pas de stock, pas beaucoup d’expo mais un énorme catalogue internet. Tout le monde nous a pris pour des dingues, beaucoup de fournisseurs ne voulaient pas bosser avec nous… Mais le discours a très vite changé ! On a grossi de manière énorme, jusqu’à être obligés de changer de local. Nous avons donc décidé de sortir de Paris, ce que personne n’avait osé à l’époque. Nous avons trouvé une ancienne pizzeria à St Ouen, juste à côté de plateaux télé. On en a fait un endroit où les gens pouvaient se poser et tester le matos. On a encore grossi, et nous avons donc trouvé d’autres locaux à St Ouen, avec 800 mètres carrés au sol. On faisait partir 300 colis par jour, ce qui était énorme à l’époque.  J’ai finalement rejoint Woodbrass en 2014, pour l’excellente raison qu’on parle le même langage.

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Quelle différence fais-tu entre les pros et les autres ?
Les pros discutent énormément entre eux, et bénéficient donc d’une grande quantité d’informations. Les non-professionnels ont plus tendance à écouter tout et n’importe quoi : ils ont l’impression que sous prétexte que quelque chose est écrit sur un forum c’est que c’est vrai. Ils sont perdus face à la multitude de produits disponibles sur le marché. Les gens n’arrivent pas à faire de choix : ils vont hésiter entre deux Rolls en se demandant ce qu’il y a de mieux, entre un Manley, un IGS Audio et un Millenia par exemple. Il est impossible de dire honnêtement ce qu’il y a de mieux, c’est une histoire de goût. Le raisonnement d’un pro est le suivant : il veut faire quelque chose, et il te demande ton avis, il cherche juste à ce qu’on l’oriente en fonction de ce qu’il recherche.

Quels sont les services spécifiques que tu proposes ?
Le plus important c’est la confiance, la compétence, la possibilité de pouvoir essayer les produits, et surtout la possibilité d’être dépanné immédiatement si quelque chose ne marche pas. Lorsqu’un pro achète du matériel musical, il s’agit de son gagne pain. Quand un Pro Tools HD lâche, il ne peut pas se permettre d’attendre deux jours en studio qu’on vienne le dépanner…

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A partir de quel montant doit-on s’adresser au service studio pro ?
Ça n’est pas une histoire de montant ! Être pro, c’est vouloir un conseil par rapport à tout ce qui existe. Les gens ont écouté tout et n’importe quoi, et ils ont donc la fâcheuse habitude d’acheter des trucs qui ne servent à rien. Quand tu racontes des conneries ça se sait vite. Quand tu vas voir un spécialiste, tu n’as pas envie qu’il se goure. Mon but est de vendre aux gens ce dont ils ont vraiment besoin. Si ça veut dire acheter un micro moins cher, je n’hésiterai pas à le dire. Mais ça marche aussi dans l’autre sens : face à un « ingénieur » qui veut enregistrer une chorale avec un SM58 seul, je n’hésiterai pas à expliquer que ça n’est pas possible.

Peux-tu nous donner des exemples de missions récentes dont tu t’es occupé ?
Il n’y a pas longtemps, j’ai validé les recherches d’une école qui voulait savoir si ça valait le coup qu’elle investisse dans tel ou tel type de matériel, l’ESRA par exemple. Ça peut être faire découvrir un Trinnov Audio à des ingénieurs du son qui du coup se prennent une gifle et l’achètent ! Ça peut être le fait de prendre un dossier un départ : lorsqu’on a envie de monter un studio assez cossu pour faire de la production professionnelle, il est rare de tomber sur quelqu’un qui conçoit le processus dans son intégralité. Il faut penser à tous les aspects : l’acoustique, le câblage… Il faut tout mettre sur la table, décortiquer, observer le cahier des charges. Qu’est-ce que tu veux faire ? Si tu fais du classique tu n’auras pas besoin du même matériel que pour faire du hip hop. L’intérêt est de comprendre ce que le client a dans la tête, et de faire en sorte que le projet se réalise. Bien acheter du matos, c’est avant tout savoir ce qu’on va en faire.

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