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Bruno Labati (Let It Buzz) – Interview

Par Woodbrass Team

La musique, c’est avant tout une suite de rencontres, qui amènent d’autres rencontres et ainsi de suite… Comme son nom l’indique, la société Let It Buzz a pour vocation de créer le buzz, c’est-à-dire des créer des liens entre musiciens, marques et médias afin de faire parler. Son créateur, Bruno Labati, est un passionné au carnet d’adresse bien rempli, comme vous allez le découvrir dans cette interview.

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Raconte nous ton parcours.
J’ai toujours été guidé par la passion de la musique. Étudiant, je faisais de la radio libre et écrivais dans Enfer Magazine. Puis de fil en aiguille, j’ai commencé comme disquaire à la Fnac Etoile, ensuite à Ternes en 1992. J’ai ensuite travaillé chez Fnac Import qui était le laboratoire de l’enseigne, avec toutes les références qui n’étaient pas disponibles en France, beaucoup de singles, des éditions japonaises ou australiennes… J’ai été responsable des achats anglais pendant six ans, je négociais avec les grossistes anglais et je faisais le suivi commercial d’une quinzaine de magasins. Je suis ensuite devenu label manager et chef de produit pour la maison de disques Night And Day en 2000 où j’ai développé le secteur rock et DVD musique alors qu’ils étaient surtout jazz et blues à l’origine. Nous avons signé les labels Sanctuary DVD, Dixiefrog Fargo, Sub Pop, Bad Reputation entre autres. Night And Day s’est surtout fait connaître avec la bande originale du film Buena Vista Social Club qui s’est vendu 800 000 exemplaires sans pub TV à l’époque. En 2005 je suis arrivé chez Gibson, en charge des relations artistes et des partenariats. A noter que le showroom rue Chaptal fut l’endroit où se tenait le Hot Jazz Club de France, la cave voûtée était donc pleine d’histoire.

Comment se passait ton travail là-bas ?
Il y avait un vrai travail de proximité avec les artistes. Nous leur faisions essayer des instruments qu’ils n’auraient pas forcément eu l’idée de prendre en main autrement. Ainsi, nous avons « levé » un bon nombre d’artistes français, notamment sur des plateaux TV comme Taratata et One Shot Not, ainsi que dans les loges des festivals. Quand l’artiste est satisfait de la relation, qu’il a bien évidement un instrument qui lui convient, on voit ce qu’on peut faire en termes de visibilité pour la marque.

Quels sont les artistes qui t’ont marqué ?
J’ai beaucoup travaillé avec de jeunes artistes comme BB Brunes, Shakaponk, Revolver, Gush, Izia, Kaolin qui ont fait leur bout de chemin depuis. Adrien des BB Brunes m’a vouvoyé quand on s’est rencontrés la 1ère fois ! Au bout du compte, le 1er album s’est énormément vendu, et pour le deuxième ils ont voulu faire une partie des interviews au showroom Gibson. De fait, la marque a eu une très belle visibilité, et ça nous a permis de toucher un public plus jeune qui ne serait pas forcément venu vers Gibson autrement D’autres superbes rencontres avec Jean Louis Aubert, Jacques Higelin, Paul Personne, Norbert Krief, Miossec ou Daniel Darc. Sur des festivals j’ai pu rencontrer Paul Stanley, David Coverdale, Kirk Hammett, Zaak Wylde, Scorpions et Brian Ferry, Lenny Kravitz, Ben Harper, les Black Crowes sur des plateaux TV. Tous ces musiciens sont de vrais passionnés. Quand Louis Bertignac te parle de sa SG, c’est une vraie relation passionnelle !

Es-tu toi-même guitariste ?
Non ! Mon job chez Gibson était de mettre les bonnes guitares dans les mains des musiciens qui ont une belle visibilité, une notoriété et du talent afin de mettre la marque en valeur.

Tu arrivais quand même à parler de guitare avec eux ?
Bien sûr ! Avec des artistes qui ont un très bon niveau, le jeu consiste à les guider pas à leur apprendre à jouer ! Tu as parfois des réactions très surprenantes : un coup de cœur ça ne s’explique pas. La Les Paul c’est un solid body avec un son très rond qui pousse et qui va « envoyer le bois », mais l’artiste peut craquer sur une demie-caisse type ES 335, tu ne sais pas pourquoi ! L’important est d’être à l’écoute et de faire en sorte que l’artiste s’approprie la guitare.

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En six ans là-bas tu n’as pas eu envie d’apprendre ?
Si, j’avais prévu d’en faire un quart d’heure par jour et puis finalement je n’avais jamais le temps : tout le temps débordé, toujours quelque chose à faire ! Mais je pense que si je devais choisir un instrument je choisirai la batterie. Quand je vois un bon guitariste je suis très impressionné car au delà de la maitrise technique il faut être habité. La batterie, au delà de la technique qu’il faut acquérir, c’est plus instinctif, plus physique.

Qu’aimes-tu musicalement ?
J’ai commencé par Led Zeppelin et Deep Purple donc ça met la barre très haut, trop haut peut être. Les Stones, les Beatles, David Bowie ont suivi très vite, puis AC/DC, Bruce Springsteen… à chaque fois des vraies claques. Et puis Hendrix un peu plus tard. Je suis très curieux de nature et je peux donc craquer sur le nouveau Rival Sons mais aussi sur les Temples, j’aime bien leur côté Syd Barrett meets les Beach Boys. J’aime le rock joué avec les tripes. Sinon, le dernier Clutch, l’album de Wilko Johnson avec Roger Daltrey, Israel Nash, excellent dans le trip cowboy psychedelic, et puis le dernier Jack White même si j’ai une préférence pour son 1er album. Bref, je suis toujours entrain de fouiner. J’oubliais les rééditions des albums de Claudia Leanner et de Merry Clayton qui sont des disques magnifiques de chanteuses soul qui n’ont pas le succès qu’elles auraient du avoir. En fait c’est une quête sans fin…

Qu’as-tu fait après Gibson ?
Après Gibson j’ai monté ma société Let It Buzz. C’est une agence qui établit une passerelle entre les marques et l’ensemble des acteurs de la musique que sont les artistes, les promoteurs de concerts et les médias. Comme tu peux l’imaginer les prestations sont très différentes : ça peut être monter un évènement pour une entreprise (concert privé de Shaka Ponk pour Bavaria), mettre en place un pool d’artistes « amis de la marque » (Adidas Originals avec Shaka Ponk, Skip The Use, Wax Taylor), gérer la relation marques pour un média musique en vue de développer du contenu exclusif (Enorme TV), c’est bien évidemment du conseil en stratégie. Plus proche de nous, c’est donc m’occuper des partenariats festivals pour Woodbrass (Main Square Festival), monter des alliances stratégiques (Crédit Mutuel), des opérations avec des médias (TV5 Acoustic, D17 Summer Festivals), une animation sur un évènement avec le Drum O Meter pour ne citer que quelques exemples. Comme tu peux le voir les attentes et les objectifs des clients sont diverses (notoriété marque, expérience marque, prospects, contenu exclusif…) et le but est bien évidemment d’être en mesure de répondre à toutes ces demandes. Il faut être inventif, réactif, connaître la concurrence, bref c’est très enrichissant car chaque client a un profil différent. C’est du « marketing musique » au sens large. Pour d’autres clients, je m’occupe de la relation artiste et peut ainsi alimenter leur Facebook tout en prenant en charge la conception des newsletters (Filling Distribution, le distributeur des pédales Wampler et Zvex en France). J’aimerais bien m’occuper d’un lieu musique également pour mettre à profit toutes ces savoir-faire et partager ma passion pour le rock.

Comment approche-t-on un artiste ?
Il faut être humble et clair dans sa démarche. Ça le fait ou ça ne le fait pas car les artistes ont une relation ambiguë avec les marques, ils sont attirés mais ont peur pour leur intégrité. Si ça ne le fait pas dans l’instant cette même personne peut aussi te rappeler six mois ou un an plus tard. J’ai aussi remarqué qu’il est toujours plus simple de s’adresser directement à l’artiste plutôt qu’au management ou au label dont le rôle de « monétiser » l’artiste.

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