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George Martin – L’adieu au cinquième Beatle

Par Woodbrass Team

2016 marque le cinquantième anniversaire de Revolver, l’album qui a ouvert la deuxième période des Beatles, celle du passage de la pop énergique à une musique plus complexe et aventureuse. C’était aussi l’année des 90 ans de Sir George Martin, qui est mort dans la nuit du 8 mars. Ringo Starr a été le premier à annoncer la triste nouvelle via son compte Twitter, et elle a été bien vite confirmée par d’autres sources. L’ingénieur du son avait hérité du surnom de « cinquième Beatle », et ce surnom était loin d’être galvaudé.

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Martin est né à Londres en 1926, ce qui fait qu’il avait 14 ans de plus que le plus vieux des Beatles, Ringo Starr, une différence d’âge loin d’être négligeable lorsque l’on sait la jeunesse des quatre garçons dans le vent à l’époque. L’éducation musicale de Martin commence dès l’âge de six ans par le piano, et continue par le hautbois. Ses goûts musicaux couvrent la musique classique contemporaine et le jazz big band, de Ravel à Cole Porter. Après un passage par l’armée britannique puis la BBC, il est finalement embauché par EMI en 1950 en tant qu’assistant du dirigeant du label Parlophone, Oscar Preuss. Lorsque ce dernier prend sa retraite cinq ans plus tard, Martin le remplace et est alors placé en première ligne pour diriger les enregistrements des artistes du label. A l’époque, Parlophone est spécialisé dans la musique baroque, la musique traditionnelle et l’enregistrement de comiques, une catégorie que Martin affectionne tout particulièrement, tant elle correspond à son humour à froid typiquement britannique. Il aura donc notamment l’occasion de travailler avec Peter Sellers, le tout aux studios EMI qui seront rebaptisés Abbey Road quelques années plus tard. A l’époque, il s’agissait tout simplement des bâtiments qui appartenaient à la maison de disques.

Le tournant
La carrière de Martin bascule définitivement le 13 Février 1962. Ce jour-là, il a rendez-vous avec le manager d’un petit groupe de Liverpool dont les démos ont été refusées par les autres maisons de disques. Il ne trouve pas la musique fantastique mais s’entiche du son des voix. Les Beatles viennent donc auditionner en personne en Juin, et la complicité entre les quatre rockers et l’ingénieur du son s’établit de façon décisive à cet instant. Après l’audition, Martin demande aux quatre garçons s’il y a quelque chose qui ne leur convient pas. George Harrison lui répond : « Votre cravate pour commencer ». Cette irrévérence absurde restera un élément indissociable de l’esprit Beatles. Mais le rôle de Martin dans la carrière des Beatles ne s’arrête pas là, ses solides connaissances théoriques complètement parfaitement les intuitions des quatre musiciens qui n’ont reçu aucune formation classique. Il joue son rôle de producteur en suggérant d’aborder différemment certains morceaux au niveau du tempo ou de l’intention, et apporte même sa touche pianistique à certains tubes des Beatles.

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Cinquième Beatle
En 1965, Paul McCartney amène une composition pour l’album Help !, un morceau très dépouillé qui s’appelle Yesterday. Martin enregistre le Beatle seul accompagné de son Epiphone Texan, alors que jusqu’ici les quatre garçons dans le vent n’avaient jamais enregistré autrement que tous les quatre. Pour pousser l’expérimentation encore plus loin, Martin suggère d’ajouter un quatuor à cordes, et il écrit lui-même l’arrangement. Le résultat est devenu le morceau le plus repris de l’Histoire de la pop music, et l’addition la plus indéniable des Beatles au grand songbook de la musique populaire. Fin 65, le groupe pousse sa musique dans une direction plus expérimentale, et Martin est l’homme idéal pour accompagner cette évolution, tant il se prête avec grâce aux délires des musiciens et approche ces enregistrements sans préjugés, sans l’apriori mortifère du « on a toujours fait comme ça ». Il joue le piano accéléré au son de clavecin sur In My Life et l’harmonium sur The Word. En 66 sur Revolver, cette volonté expérimentale se traduit par un véritable chef d’œuvre psychédélique, sur lequel on retrouve à de nombreuses reprises la patte Martin. Sur Eleanor Rigby par exemple, il transcrit les idées orchestrales de McCartney et met en forme ce qui devient le premier accompagnement du groupe sans guitare. Dès lors, il ne cessera de repousser les limites de l’arrangement pop, écrivant au passage les règles de cet art complexe. Ecouter Sgt Pepper (67) à l’heure actuelle en se disant qu’il a été enregistré sur un enregistreur quatre pistes a de quoi donner le vertige. Suite à l’ambiance détestable de l’enregistrement du White Album, George Martin ne participera pas aux sessions de Let It Be, mais reviendra en force pour le chant du cygne des Beatles, Abbey Road, qui représente à bien des égards le sommet artistique du groupe.

La suite
Dès 65, Martin n’était plus un salarié d’EMI, mais avait monté sa société pour produire des artistes de façon indépendante, Associated Independent Recording. Il monte le studio AIR en 1969 dans une ancienne église du Nord de Londres, dans laquelle les plus grands viennent enregistrer. D’ailleurs, la marque Focusrite a été montée lorsque Martin a demandé à Rupert Neve de concevoir de nouveaux modules pour AIR. En tant que producteur, Martin travaille à plusieurs reprises avec le groupe America, il est responsable du très bel album Apocalypse du Mahavishnu Orchestra, du chef d’œuvre de Jeff Beck Blow By Blow (sur lequel il signe aussi les arrangements de cordes de deux titres). Il travaille aussi sur trois albums solo de Paul McCartney, le seul Beatle avec lequel il ait remis le couvert : Tug Of War, Pipes Of Peace et Give My Regards To Broad Street. Il se repenchera finalement sur l’œuvre du groupe qui lui a valu sa notoriété pour le spectacle du Cirque du Soleil, Love. A cette occasion, il travaille avec son fils, Giles Martin, et remixe plusieurs morceaux classiques des Beatles. Giles s’est déjà fait une belle réputation en produisant des artistes comme Kate Bush ou Elvis Costello, et par un hoquet de l’Histoire il est responsable de plusieurs titres sur le dernier opus en date de Paul McCartney, Now. Le roi est mort, vive le roi ?

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