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Interview – Alain Gozzo (batteur et directeur marketing Mogar – Ibanez, Tama, Zoom…)

Par Woodbrass Team

Qu’y a-t-il en commun entre Bernard Lavilliers, Steve Vai et Sacha Distel ? C’est simple : les trois ont eu le même batteur derrière eux sur scène, nul autre que Alain Gozzo. Après ses débuts au sein des légendes du rock progressif français Atoll, il est devenu un batteur de studio très demandé, avant de se diriger vers la pédagogie. Il est désormais directeur marketing de l’importateur Mogar (responsable notamment de la présence de Zoom, Ibanez et Tama en France), et continue donc de travailler entouré de passionnés de musique. Nous l’avons rencontré dans les locaux de la société pour un entretien passionnant.

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Comment t’es venue la passion de la batterie ?
Quand j’étais petit, j’avais un grand oncle qui jouait du tambour dans la garde municipale. A huit ans, j’ai annoncé à mes parents que je voulais jouer du tambour et ça a été une catastrophe ! Ils m’ont dit de jouer d’un véritable instrument, j’ai donc appris le saxophone. Ça m’a permis de lire la musique et d’apprendre l’harmonie, mais je n’ai jamais eu de véritable engouement. Dès l’âge de 12 ans mon père a racheté une batterie des années 30 à un ami et j’étais le plus heureux ! J’avais monté une scène dans la cave de mes parents et des palettes et des petits spots, et je me voyais sur les grandes scènes de ce monde ! J’ai appris en total autodidacte. J’allais voir les orchestres de bal, et un cousin a monté un groupe de reprises de Soul et rhythm n’ blues. J’allais les voir répéter, et dès que le batteur prenait une pause je lui prenais la place et j’essayais de faire la même chose que lui.

Quelles étaient tes batteurs de référence à l’époque ?
Mon premier amour a été Mitch Mitchell : j’ai aimé Hendrix avant même d’aimer son batteur, et je suis d’ailleurs toujours un fan de guitare et de guitare héros. Ensuite, j’ai beaucoup admiré les batteurs de Chicago, Blood Sweat And Tears… Un jour, après avoir constaté à quel point la technique évoluait, je me suis mis sérieusement au travail. On m’avait parlé d’une méthode de batterie qui s’appelait Advanced Techniques For The Modern Drummer (techniques avancées pour le batteur moderne), écrite par Jim Chapin. Des batteurs parisiens m’avaient dit qu’on pouvait la trouver dans un magasin à Genève. Je suis donc parti en voiture à Genève avec un copain : 700 bornes pour une méthode, ça paraît fou à l’heure actuelle ! J’ai donc bossé tous les rudiments avec le bouquin, page par page pendant des heures. Lorsque je me suis retrouvé en contact avec un public de batteur dans les clinics, j’ai donc approfondi en bossant 6 à 8 heures par jour.

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Comment en es-tu arrivé au travail en studio ?
J’ai toujours aimé les musiques extrêmes et complexes comme le progressif, mais j’ai avant tout commencé à jouer pour accompagner des gens. Atoll a commencé comme un groupe de musique californienne dans le genre de Crosby, Stills & Nash, et puis on a tous basculé en découvrant les premiers Yes. Entre temps, il y a eu le premier album de Led Zep qui était une grande claque en tant que batteur. En même temps, je continuais d’écouter de la variété française. J’ai toujours voulu être batteur de studio, j’ai le culte de l’afterbeat simple et efficace. Faire tourner un truc qui groove avec quelques coups seulement, c’est le summum, et c’est le plus difficile. J’ai lancé le groupe de rock progressif Atoll avec des amis, et on a enregistré dans de nombreux studios. J’ai donc croisé beaucoup de professionnels de studio comme Pierre-Alain Dahan ou André Cecarelli que j’allais voir régulièrement. Pierre-Alain me prenait avec lui dans la cabine d’enregistrement, ils m’ont énormément appris. Lorsqu’on a fait le troisième album d’Atoll, Tertio, il y avait un directeur artistique, Tonio Rubio, qui était le bassiste de séance de tous les grands artistes de l’époque. On s’est très bien entendu, et il m’a donc pris sous son aile. Il m’a appelé pour passer l’audition avec Sacha Distel, et j’ai donc commencé à faire des séances. En parallèle, je me suis penché sur l’aspect éducationnel avec Tama et les cymbales Paiste. J’en suis arrivé à un point où 70% de mes activités de batteur tournaient autour des écoles et clinics. A un moment, je suis devenu un batteur pour batteurs, mais d’un autre côté la vie de musicien est tellement difficile que tu n’as pas envie de lâcher un projet qui marche !

Comment expliques-tu que tant de musiciens de progressif soient devenus session men en France à cette époque ?
Aujourd’hui, le marché de la musique est beaucoup plus sectorisé. A l’époque, on était tout simplement musiciens. Pour te donner un exemple, j’ai vu Demis Roussos reprendre un passage de Close to The Edge de Yes en ouverture de son concert.

Quels ont été les kits de ta carrière ?
J’ai signé mon premier endorsement chez Tama en 1977, et j’ai alors choisi une Imperial Star en bouleau. Juste avant, Pearl m’avait offert un kit mais leur qualité de fabrication n’avait rien à voir avec ce qu’elle est à l’heure actuelle, ça n’était vraiment pas terrible. Avant ça, j’ai eu des Gretsch, des Rogers, des Ludwig, des Slingerland… à l’heure actuelle j’ai plein de kits qui dorment et que je garde en souvenir des gens avec qui je les ai joués, ainsi qu’une vieille Superstar sur laquelle je joue tout le temps, avec ma caisse claire signature.

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Comment as-tu eu l’idée de monter des clinics en France ?
J’ai découvert le principe des clinics dans la revue Modern Drummer. C’était complètement inconnu en France, et j’ai imaginé ça, je ne savais pas du tout où j’allais ! ça s’est structuré petit à petit, mais au début c’était la jungle. Il y a encore des gens qui me contactent par facebook pour me dire qu’ils se sont mis à la batterie grâce à moi, où qu’ils pensent encore à moi lorsqu’ils jouent un shuffle. Ça me touche énormément.

Et te voilà donc chez Mogar.
J’ai joué de la batterie professionnellement jusqu’à l’âge de 53 ans, et j’en ai 59. J’ai passé le cap lorsqu’on a monté cette société Mogar en collboration avec l’Italie. J’ai toujours eu des relations familiales avec la famille Hoshino qui s’occupe de Tama et Ibanez. J’avais tellement joué, le fait de tourner devenait plus difficile avec l’âge, je ne voulais pas finir comme un vieux batteur pathétique et j’ai donc saisi l’opportunité. Il m’arrive encore de jouer pour des concerts caritatifs et de faire des interventions pédagogiques dans des écoles comme le M.A.I..

gozzo1En quoi consiste ton métier ?
Je suis responsable du marketing pour Mogar, qui distribue de nombreuses marques comme Tama, Ibanez, Zoom, Mark Bass, Studiologic, les cymbales UFIP… Mon boulot est de promouvoir tout ça de toutes les façons possibles et imaginables. C’est un travail super intéressant, on ne procède pas de la même manière pour Zoom et pour Ibanez par exemple, où il y a une forte corrélation avec les artistes. On gère les nouveaux produits, leur placement sur le marché, on gère les promotions lorsqu’un artiste part en tournée, on s’occupe des endorsements nationaux, on monte des opérations, on organise des clinics… Il y a beaucoup de choses à gérer !

Y a-t-il des batteurs modernes qui t’inspirent ?
Bien sûr ! Lors de la soirée pour les 40 ans de Tama, j’ai vu Animals As Leaders, et leur batteur Matt Garstka n’est pas humain ! C’est d’un niveau démoniaque…

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