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Interview Jean-Paul Gauvin – Vandoren

par Jules Joffrin – Woodbrass Team

Dans le petit monde des becs et anches, Vandoren, le leader riche de quasiment 110 ans d’expérience, ne cesse de se développer. Jean-Paul Gauvin est chargé des relations artistiques, un poste d’autant plus stratégique que le 56 rue Lepic garde toujours l’œil sur les tendances musicales, pour répondre aux besoins de ses clients.

vandojam

Jean-Paul est une figure incontournable du monde de la musique en France. Il a montré la voie pour l’avenir des becs (voir interview) et continue de défendre les couleurs de Vandoren aux cours des fameuses Vandojams. Nous l’avons justement rencontré à l’occasion d’une Vandojam survoltée au Melocotton de Nantes, ouverte par un concert du saxophoniste Baptiste Herbin, rien que ça !

A quand remontent les débuts de Vandoren ?
L’entreprise a été créée en 1905, et elle distribue dans le monde entier à l’heure actuelle. A la fin du 19è siècle, il y avait quelques petits ateliers de fabricants d’anches, Eugène Vandoren, le grand père a commencé ainsi dans le haut de la rue Lepic. C’est ensuite Robert Vandoren le fils et Bernard Vandoren le petit fils du fondateur qui dirige encore la maison.

Combien y a-t-il d’employés à l’heure actuelle ?
Si l’on compte le personnel atelier plus saisonnier, on est proche de 200.

Pourquoi avez-vous besoin de saisonniers ?
Pour la coupe du roseau et l’entretien des roselières. La coupe des cannes de décembre à février est une opération manuelle quasiment impossible de mécaniser dans la mesure où une sélection de cannes s’impose. Nous maîtrisons la culture du roseau de A à Z, dans nos propres plantations. Ce sont des dizaines et des dizaines d’hectares dans les régions du Var et de Perpignan. La canne que l’on récolte a poussé pendant 2 ans, et atteint des hauteurs de 6 à 8 mètres de haut. Seuls les deux premiers mètres dans le bas sont utilisables, et on sélectionne la canne par rapport à son diamètre. Plus le tube est gros, plus l’instrument est grave ; plus le tube est petit, plus l’instrument est aigu. A partir de ces 2 mètres, une sélection drastique s’impose, selon différents critères tels que : l’aspect extérieur de la canne, son intérieur est aussi très important, les fibres etc … Il y a énormément de rejet à chaque étape du processus de préparation pour au final ne fabriquer que 50 ou 60 anches par canne.

A quel moment détermine t-on si c’est une force 2, 3, 4… ?
A partir d’un roseau sélectionné, nous réalisons en plusieurs étapes de fabrication une plaquette qui deviendra une anche. C’est un usinage, une technologie de grande précision, avec des tolérances de coupe d’un centième de millimètre. Le profil de l’anche est réalisé c’est « le biseautage ». A chaque modèle d’anche un profil différent, pour exemple une anche Java, V.16 ou bien traditionnelle etc… Cette partie vibrante de l’anche est ainsi réalisée. La force de l’anche dépend de sa flexibilité et non de son épaisseur, c’est donc un palpeur qui teste chacune et ainsi détermine sa résistance, donc sa force.

Comment expliques-tu votre succès ?
C’est une entreprise familiale dynamique et réactive qui s’adapte aux différents marchés. Je suis rentré dans la société il y a 35 ans, et j’ai très rapidement compris la philosophie de l’entreprise. Les années 80 ont été consacrées au développement de nouveaux produits, des anches de jazz (Java), une nouvelle anche classique (V.12), nouvelle gamme de becs de sax, classique et jazz, becs de clarinette… A l’origine Vandoren c’est une réputation dans le monde de la musique classique; aujourd’hui Vandoren s’est imposé à l’échelle internationale dans tous les domaines ( jazz / classique) par un vrai travail de fond.

Est-ce que le fait d’être une marque française a été bénéfique en terme d’image ?
Certainement. C’est surtout lié à l’école française de clarinette et de saxophone. Tous les grands artistes de réputation internationale se sont inspirés de cette école, et cet acquis rejaillit sur notre image dans le monde du classique. Pour le jazz, nous avons depuis 30 ans construits notre réputation sur le marché Américain.

gauvinComment as-tu commencé chez Vandoren ?
Comme musicien essayeur, je ne savais même pas que c’était un métier ! Avant cela j’étais musicien et réparateur d’instruments à vents (cuivres et bois). Le hasard des rencontres m’a amené chez Vandoren. Le travail de musicien essayeur : c’est du contrôle qualité. Je jouais toutes les clarinettes et saxophones, ce qui me permettait de travailler en musique. Très rapidement, je me suis intéressé à la fabrication des becs, j’allais toujours flâner dans l’atelier et j’y ai appris tous les postes pour avoir une vision plus complète du processus de fabrication. Et ainsi m’intéresser à la réalisation de nouvelle génération de becs. La conception me passionne et l’idée de concevoir un bec de clarinette se concrétise. Un bec qui donnerait un son plus rond et plus mat. J’avais fait mon prototype, je l’ai essayé pendant trois jours et je l’ai trouvé intéressant, je suis donc allé voir Bernard Van Doren qui m’a rappelé que je n’étais pas payé pour faire des prototypes ! Il m’a envoyé voir son père qui lui était clarinettiste, ça ne l’a pas convaincu. Mais je suis têtu, et j’étais persuadé que c’était la nouvelle génération de becs. Je suis donc retourné voir Bernard Van Doren, qui a finalement accepté de réaliser mon rêve. C’est le B40, un best seller qui a été décliné dans plusieurs versions.

Est-ce que les artistes participent au développement ?
Bien sûr. Parfois un musicien peut avoir une demande très précise sur un type de bec par exemple. On a besoin de ce travail relationnel.

Avez-vous déjà proposé des modèles signature ?
Non, jamais. C’est une idée qui a été émise à plusieurs reprises mais ça n’est pas la philosophie de la maison d’associer un nom d’artiste à un bec. C’est peut être trop limitatif.

Est-ce qu’il y a des becs « vintage » recherchés par les collectionneurs ?
Le Jumbo Java (ébonite bleu) est devenu un bec de référence. On recherche aujourd’hui des vieux becs Jumbo Java, au même titre qu’on cherche des becs américains des années 40 ou 50. D’ailleurs nous avons décidé de graver « forties and fifties » sur notre nouveau bec ténor métal V16, chambre large et chambre médium. le grand public associe cet âge d’or du jazz au matériel qui était utilisé, et les becs de ces époques font références. Je pense qu’il vaut mieux acheter un bec neuf dans l’esprit vintage plutôt que son contraire. Notre démarche est de s’inspirer des tendances musicales d’une époque.

Peux-tu revenir sur la Vandojam ?
Le jazz, c’est la musique live, c’est une histoire, et la Jam session fait partie de l’histoire. Dans les années 90 j’allais régulièrement aux Etats Unis, j’y ai rencontré de nombreux jazzmen, ce qui m’a permis de développer de nouveaux becs mais aussi comprendre que la Jam session, c’est une culture. la Vandojam a donc été créée il y a 12 ans avec l’ambition de devenir le point de rendez-vous des musiciens. Donc aujourd’hui c’est Paris au Sunset, une fois par mois Lyon et dans diverses villes de province toute l’année quasiment chaque mois. C’est également à Berlin, à New York, à Londres … C’est une manière pour nous de mettre en avant des artistes locaux, de partager une scène. Le label VandoJam est aujourd’hui très reconnu.

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