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Interview – Phillip Murray (luthier au SAV Woodbrass)

Par Jules Joffrin – Woodbrass Team

Pour un magasin de la taille de Woodbrass, assurer un service après-vente de qualité est essentiel et demande la présence d’une équipe extrêmement qualifiée. Parmi eux, je me suis entretenu avec Phillip Murray, un luthier spécialisé dans la harpe celtique passionné de nouvelles technologiques dont la passion se sent dans chaque phrase.

CIMG0499Quel est ton parcours ?

Je suis arrivé en France en septembre 2003. J’ai monté une micro entreprise pour construire avant tout des harpes celtiques en bois massif avec cordes métallique, le symbole de l’Irlande. Je n’ai fabriqué qu’une centaine de guitares dans ma vie. En revanche, j’en suis à près de deux mille harpes. Plus tu fabriques, plus tu peux personnaliser et perfectionner tes instruments. Le défi est de faire que chacune de tes guitares soit du même niveau, et pas que tu en fabriques une excellente et d’autres qui ne tiennent pas la route. J’ai commencé à travailler ici chez Woodbrass en décembre dernier. Je travaille avec le service après vente, sur les instruments à cordes bien sûr mais aussi sur la vérification des amplis, des lumières et ainsi de suite. En revanche je ne m’occupe pas des instruments à vent, c’est encore autre chose.

Tes origines irlandaises sont-elles utiles pour ton travail ?

L’anglais est la langue de la lutherie. Lorsque tu cherches de la documentation technique en français, tu as très peu de choses disponibles, quasiment rien. C’est pour ça que j’encourage mon apprenti Enzo à perfectionner son anglais. Je suis membre de la Guild of American Luthiers, qui regroupe des amateurs, des professionnels et des grosses marques, de Bob Taylor à moi. Les luthiers individuels discutent du bois, des nouvelles normes, échangent des idées et écrivent des articles pour tous les autres.

eafletoneTu participes à la conception des guitares Eagletone. Peux-tu nous en dire plus ?

Cette marque est la preuve qu’un prix bas n’est plus synonyme de qualité médiocre. Aujourd’hui, la qualité d’une guitare neuve faîte en Chine à 60 ou 80 euros est énorme. Tu la sors du carton, elle est déjà réglée et prête à jouer. Je vis pour aider les jeunes qui démarrent, car tu ne sais jamais lequel d’entre eux va devenir la prochaine star.

Face aux coûts de fabrication européens, il est impossible de proposer une guitare de qualité à ce genre de prix fabriquée en France. Que reste-t-il donc comme argument aux luthiers comme toi ?

Il faut qu’il travaille dans des gammes qui commencent dans les 1000 euros, et à ce prix on ne parle quasiment que du coût de l’assemblage de pièces détachées faîtes en Chine. Ce qui compte est la qualité unique de l’instrument. Pourquoi est-ce que j’achèterais une guitare à 3000 euros si elle a les mêmes caractéristiques qu’une guitare à 500 ? Il faut donc une couleur inhabituelle, des matériaux inhabituels, un diapason inhabituel… Une guitare simple pour jouer sur scène n’a pas à être custom. Une guitare de luthier est un parti-pris artistique. Dans ce cas, le client sait exactement ce qu’il veut, contrairement au débutant qui ne se connaît pas encore en tant que guitariste.

TGFT25_Fadal_CNC_machines_-_Taylor_Guitar_FactoryQue penses-tu de l’évolution de la technologie au service des luthiers ?

L’utilisation du CNC ou du découpage au laser permettent de faire des designs uniques sur des instruments chinois puisque le dessin est conçu ici puis envoyé par email. Il n’y a même plus à envoyer de prototype physique, et il n’y a pas à acheter d’outils spécifiques. Il suffit d’avoir le logiciel ! Grâce à ces nouvelles technologiques, tu n’as plus à commander mille guitares identiques. Tu peux faire des séries d’une centaine qui sont plus adaptées à tel ou tel type de clientèle. Martin a été le premier constructeur de guitare a utiliser le CNC pour préparer ses pièces, et ils ont partagé leurs logiciels avec les autres constructeurs et n’ont rien caché. De ce côté là, l’industrie de la musique est tout à fait unique : les gens partagent l’information. C’est un milieu tellement petit économiquement parlant : il y a plus de gens qui travaillent dans le secteur de la banque rien qu’en Irlande que de gens qui fabriquent des instruments dans le monde entier ! Et c’est un marché à très haute exposition, puisqu’à la télévision on voit tout le temps des musiciens.

N’est-ce pas compliqué d’imposer ces nouvelles technologies face au caractère nostalgique des musiciens ?

Pour beaucoup de guitaristes, quand on parle d’acoustique, ils considèrent que toutes les guitares devraient s’inspirer de la D-18 ou D-28 de Martin, qu’elles devraient avoir le même diapason et les mêmes bois pour produire le même son. Je n’ai pas ces limites, et je cherche toujours à changer les choses.  Il ne passe pas une journée sans que j’essaie d’apprendre quelque chose de nouveau, et je pense que je n’aurai jamais fini ce processus.

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