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IRCAM – La recherche au service de la musique

Par Woodbrass Team

On dira ce qu’on veut des politiques culturelles françaises, nous avons quand même de la chance de vivre dans un pays où l’état finance un institut de recherche consacré à la musique. L’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique / Musique) existe depuis 1969, et il représente à l’heure actuelle 6000 mètres carrés de locaux dans lesquels 120 chercheurs travaillent pour faire avancer tous ces mouvements d’air qui touchent nos oreilles. Woodbrass vous propose un petit tour au cœur de l’engin, privilège qui n’est pas donné à tout le monde… Suivez le guide !

ircam

On pourrait penser que l’IRCAM n’est qu’un petit bâtiment en brique qui fait face à la fontaine Stravinsky, juste à côté de Beaubourg à Paris. En réalité, leurs locaux s’étendent sous l’intégralité de la place, et le plus intéressant est bien caché sous les pieds des touristes qui ne se doutent de rien. Fondé par le compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez (qui est le véritable pape de la musique contemporaine en France), l’IRCAM a trois missions qui sont bien sûr indissociables : la recherche (comprendre les phénomènes acoustiques et développer toutes sortes de produits), la création (participer à des pièces de compositeurs, pour l’opéra, des concerts, le cinéma ou le théâtre) et la transmission (organiser des conférences, des colloques, et surtout former les élèves qui peuvent suivre des formations en acoustique allant de 15 jours à 3 ans).

espacedeprojection

Ambisonique
Première constatation en visitant les locaux : il y a des instruments et des engins électroniques partout, et nombre d’employés ont des looks de savants fous. Il faut dire que certaines pièces repoussent les limites de l’expérience humaine. Il y a bien sûr l’Espace de Projection, une salle à la taille monumentale (un rectangle dont le plafond atteint les 17 mètres) qui est la plus grande salle ambisonique – WFS au monde. L’ambisonie est un système de diffusion à plusieurs haut-parleurs pour une plus grande fidélité de reproduction de la localisation des objets (une voiture qui passe ou des pas dans le couloir au cinéma par exemple), et le WFS (Wave Field Synthesis) est un système qui permet à chaque personne dans une salle de percevoir le même son quel que soit l’endroit où elle se trouve. Imaginez par exemple une salle de cinéma dans laquelle le son serait aussi fidèle au premier et au dernier rang… Pour parvenir à ce résultat, cette pièce emploie la bagatelle de 350 haut-parleurs !!! Et comme si ça ne suffisait pas, les murs sont couverts de panneaux triples qui peuvent tous s’incliner plus ou moins pour absorber le son ou le réfléchir. Ajoutez à ça le fait que le plafond peut descendre jusqu’à 3,5 mètres, et vous avez la possibilité de reproduire l’acoustique de n’importe quelle salle au monde… Le studio 2 de Abbey Road au métro Châtelet ? Trop facile ! ça n’est pour rien que des orchestres entiers viennent enregistrer à l’IRCAM.

chambreanechoiqueHi-ho, c’est l’écho
Autre découverte traumatisante : la chambre anéchoïque. Il s’agit d’une pièce dans laquelle toute réflexion du son a été supprimée, et vous n’avez donc aucune reverb naturelle. L’impression de parler dans du coton est terrifiante… Au-delà de l’expérience humaine fascinante (qui permet de se rendre compte à quel point l’ambiance d’une pièce conditionne notre manière de percevoir les sons), c’est une pièce qui est utilisée par des fabricants d’enceintes comme Focal pour réaliser des mesures précises sans la pollution d’une pièce. Car le plus intéressant est que les délires de l’IRCAM trouvent en fait leur utilisation dans notre quotidien, et pas uniquement pour les musiciens. En ce moment même, ils travaillent sur les « bips » de la dernière voiture de Renault, afin de les rendre les plus explicites possible (histoire de ne jamais confondre un manque d’essence et un moteur en feu par exemple !). Autre exemple, Nokia qui vient de racheter l’algorithme de time stretching de l’IRCAM, le meilleur du genre. Mais les innovations profitent aussi et surtout aux musiciens. Ils viennent de développer un logiciel d’improvisation qui analyse le jeu du pianiste pendant quelques minutes et improvise ensuite librement dans le style du musicien, et une appli iPad devrait bientôt permettre d’analyser le jeu d’un soliste en temps réel pour adapter la vitesse de défilement de l’accompagnement… Bluffant !

tunerVers l’infini et au-delà !
Et il y a bien sûr le secret jalousement gardé par les ingénieurs qui s’y connaissent : les plugins développés par l’IRCAM ! Là où la plupart des marques font 2 ans de développement, certains produits de l’IRCAM sont le fruit d’une quinzaine d’années de recherche… Autant vous dire que c’est du gros niveau ! On retrouve les Ircamax dans Live de Ableton, et les Ircam Tools disponibles chez Flux, autant de plugins qui proposent des fonctions qu’on ne retrouve pas ailleurs. Et pour couronner le tout, un accordeur d’un genre tout nouveau est déjà en développement : le Snail Analyzer présente les notes sous forme d’une coquille d’escargot et chaque note ou accord apparaît avec ses harmoniques. Les facteurs de Buffet Crampon ont visiblement été bluffés par la démonstration, eux qui ne juraient que par leur antique accordeur à strobe. Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

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2 commentaires sur “IRCAM – La recherche au service de la musique”

  1. Ronald dit :

    Très intéressante présentation de l’IRCAM

    Une bibliographie à proposer serait utile

    • Bonjour Ronald ! Pour approfondir le sujet, l’idéal est de commencer par le site web de l’IRCAM, qui est très riche et donne de nombreuses références de collocs et d’ouvrages… Bonne recherche !

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