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Jean-Luc Masson (président et fondateur, Prodipe) – Interview

par Woodbrass Team

Cela fait désormais 20 ans que Prodipe donne le La du matériel de studio démocratique. Fut un temps où l’ingénieur du son qui souhaitait s’équiper avait le choix entre les classiques Neumann et AKG à des prix qui faisaient réfléchir, et des modèles d’entrée de gamme très mal faits. Prodipe fait partie des marques qui ont travaillé dur afin de proposer des outils qui rendent la frontière entre ces deux domaines plus floue, avec des micros qui ne pâlissent pas sur des enregistrements professionnels à des prix très doux. 20 ans après, Jean-Luc Masson, fondateur et président de la marque, continue de chercher le meilleur moyen de concilier prix et qualité.

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Peux-tu nous présenter ton rôle au sein de Prodipe ?
Je suis président de la société Prodipe qui a été créée en 1996. Prodipe ça veut dire « production par IPE music ». à l’époque on était distributeurs de marques comme Teratec, M Audio, beaucoup de logiciels, et on était aussi éditeurs de logiciels. En 2000, la distribution est devenue très complexe et les prix publics de beaucoup de marques n’étaient pas respectés. J’avais déjà une connaissance importante de la Chine, et j’y suis donc parti avec Ludovic Lanen, un ingénieur du son extraordinaire qui a notamment travaillé avec Francis Cabrel, et Claude Salmiéri, un batteur très connu qui a joué avec Michel Berger et Johnny Hallyday. Nous sommes donc allés dans ces usines qui fabriquent pour toutes les grandes marques, et on est allés directement au cœur même de la fabrication en rencontrant le fournisseur de toutes les cellules, le numéro un mondial dans ce domaine. Certaines marques sont encore construites en Europe mais la plupart des marques américaines et japonaises font fabriquer dans cette usine. Avec Ludovic Lanen, nous avons donc commencé à réfléchir au caractère que nous voulions donner à ces micros, ce qui nous a permis de créer toute une gamme, du TT1 à 39 euros, un micro utilisé dans des backline professionnels qu’on peut comparer sans problème à ce que les concurrents proposent pour plus de 100 euros, à notre gamme de micros studio et à ruban. Nous avons fait tout ça avec l’objectif d’être moins chers que les autres, afin d’apporter une qualité professionnelle à tous.

Quel est le temps que prend le développement d’un nouveau micro ?
Il faut pratiquement un an pour finaliser un produit. On a commencé par les enceintes de monitoring, puis on a ajouté au fur et à mesure. Il nous a fallu pratiquement quinze ans pour arriver à notre catalogue actuel qui comprend tous les types de produits.

Jusqu’à maintenant, Prodipe est connu pour les produits studio. Tu n’as jamais voulu te lancer dans l’instrument ?
C’est un domaine très intéressant. On s’est d’abord lancés dans la batterie, on a fait une marque qui s’appelait Salmieri Drums, et malheureusement en 2010 on a traversé une zone de trouble suite au décès d’un des directeurs financiers et j’ai dû faire des choix. Je ne pouvais pas suivre deux marques et nous avons donc décidé de mettre Salmieri Drums en sommeil. On a fait des belles batteries acoustiques reconnues. Depuis janvier 2016, j’ai repris la suite d’une société qui s’appelait Music Leader International, qui avait la marque de guitare J.M. Forest qui existe depuis 20 ans. Nous avons donc repris la marque en imposant un cahier des charges identique à ce qu’on a fait sur Prodipe. J’ai réuni une équipe de luthiers et de guitaristes professionnels, et les meilleurs luthiers que l’on pouvait trouver en Asie. Si une guitare ne sonne pas, elle ne peut pas rentrer dans le catalogue. Il faut que la lutherie soit soignée et de bonne qualité, et on choisit le bois en fonction du prix auquel on cherche à faire sortir la guitare.

Comment expliques-tu le retour en grâce des micros à ruban ?
Je pense qu’ils n’ont pas été oubliés. Dès les années 90 il y avait les marques Royer et AEA qui proposaient des rubans, mais ils étaient souvent à plus de 2000 euros. À ce prix là, ça n’est pas le micro de monsieur tout le monde. Beaucoup de gens n’avaient donc pas accès à ces micros. D’autre part, ce sont des micros qui sont très sensibles, et une fausse manipulation peut altérer le ruban. Enfin, il faut savoir enregistrer avec un micro à rubans. Notre gamme est constituée du double ruban R.S.L. et du simple ruban Ribbon 1. Notre ruban est moins sensible, et on retrouve bien cette chaleur typique du vieux son. La batteur Loic Pontieux les utilise par exemple pour prendre le son d’ambiance de sa batterie. La restitution est très naturelle.

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Tes micros s’adressent-ils uniquement aux home studios ?
Tous les studios parisiens ont un R.S.L. et un Ribbon 1 dans leur parc. Ces micros sont utilisés par des groupes, ou des ingénieurs qui vont enregistrer des ambiances. Ça n’est pas le micros typique des home studistes, il faut une certaine habileté et une bonne connaissance de l’enregistrement pour tirer le meilleur d’un micro à ruban. Ingénieur du son, c’est un métier, il y a des gens qui font des études pour ça !

Quels sont les prochains défis pour Prodipe ?
On essaie de faire des produits qui restent au catalogue. Que ça soit le TT1, le MC1 qui a accompagné Francis Cabrel sur toute la tournée In Extremis, le ST1 ou le STC-3D, tous ces micros font partie intégrante du catalogue. On maintient le degré de qualité, on surveille que notre qualité soit constante. Ludovic Lanen et Claude Salmiéri m’accompagnent à chaque voyage en Chine, nous y allons entre deux et trois fois par an, entre 10 et 15 jours. C’est notre moyen de maîtriser la qualité de la production. Nous sommes diffusés dans 45 pays avec une bonne pénétration de marché. Pour la fin de l’année, on va sortir un ampli de guitare acoustique, un produit à moins de 500 euros comparable aux AER ou Acus. Il s’appellera Natural 6.

Es-tu musicien ?
J’ai appris la trompette au Conservatoire Supérieur de Genève. J’ai commencé par être musicien classique, je suis ensuite allé à Paris où j’ai monté une première société, puis j’ai rencontré Maurice Perrin, le père de Philippe Perrin, président de Music Leader, avec qui je me suis très bien entendu, et qui m’a appris le métier de la distribution. J’ai gagné 30 ans puisqu’il m’a donné 30 ans de son savoir !

Quels sont tes albums préférés ?
J’aime toutes les musiques. En classique, j’aime Maurice André, Augustin Dumay pour le violon. J’aime tous les styles de musique, que ça soit Michel Bergé et France Gall, Stromaé qui est extraordinaire, Brel… J’aime bien les textes, les belles musiques, j’aime les choses qui sont bien faîtes.

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