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Laurent Charliot (auteur de L’année du Rock Français 2014-2015) – Interview

Par Woodbrass Team

Il fut un temps ou rock et France n’étaient que très rarement prononcés dans un même souffle. Il faut dire qu’en dehors de quelques très rares exceptions (Trust et Telephone bien sûr, ou les punks de Ludwig Von 88 et de Bérurier Noir), la pratique de la musique rock dans l’hexagone tenait au mieux de la parodie, et souvent de l’insulte à l’idée même de bon goût. D’ailleurs lorsque des grands chanteurs comme Ferrer ou Gainsbourg voulaient faire un album rock, ils allaient le faire avec des Anglais… Mais tout cela est en train de changer à vitesse grand V, et l’on observe que la nouvelle vague made in France s’impose à l’étranger (Gojira, Air, Daft Punk…) et devient même prophète en son pays (Shaka Ponk à Bercy, Skip The Use au Zénith). « rock français » n’est donc plus un gros mot, et il n’en faudrait pas beaucoup plus que ça devienne même une fierté. Un livre par exemple ? Eh bien le voici ! L’Année du Rock Français propose un tour d’horizon des groupes, festivals, lieux et styles qui définissent l’état actuel du rock en France, l’idéal pour découvrir des nouveaux artistes, confirmer ses coups de cœur ou encore prendre une hauteur historique par rapport à l’actualité. Aux manettes, Laurent Charliot, un authentique passionné qui nous raconte ce projet d’envergure, soutenu par Woodbrass comme l’avaient déjà été ses ouvrages Rok 1 et 2. L’Année du Rock Français sera disponible chez Woodbrass et dans toutes les bonnes librairies dès le 6 novembre.

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Comment t’es venu le déclic de la musique ?
Ça a été très vite : j’ai entendu un morceau de Rubettes et j’aimais bien le côté pop-rock, puis juste après ça j’ai découvert les Ramones et je suis tombé dedans. Dès que je gagnais 15 francs c’était pour les mettre dans un disque !

Comment en es-tu arrivé à l’écriture ?
J’ai fait de la musique quand j’étais gamin. Je m’y suis même consacré à plein temps pendant 7 ans, c’était mon unique métier même si je n’arrivais pas à en vivre. Je traînais avec beaucoup de musiciens : certains ont eu du succès, d’autres sont restés dans le milieu de la musique par des métiers parallèles, et d’autres sont partis dans des directions complètement différentes, mais je suis toujours resté en contact avec eux. J’allais aux concerts, j’allais voir les copains qui jouaient, puis de fil en aiguille j’ai eu envie d’écrire l’histoire du rock à Nantes. La Fabuleuse Histoire du Rock Nantais est sorti en 2004 et ce bouquin a connu un succès inespéré. Il s’est vendu à 4000 exemplaires, ce qui est très rare pour ce genre de publication, d’ailleurs à l’origine le premier pressage était de 500 exemplaires ! Le bouquin a marché parce que tout le monde s’est retrouvé dedans, et il a été écrit par quelqu’un du sérail. Fort de ça et avec le sentiment du travail accompli, je me suis laissé embarquer par Frank Darcel, l’ancien guitariste du groupe Marquis de Sade, qui voulait écrire un livre sur le rock en Bretagne. Nous avons donc monté le projet à trois avec un garçon de Brest, et cela a donné deux tomes qui représentent plus de 1000 pages à eux deux. Entre temps, j’ai fait un livre plus anecdotique qui s’appelle Le Rock Nantais en 100 Vinyls et Cds, c’est-à-dire que j’ai cherché les cent disques qui me paraissaient les plus emblématiques parmi les 5000 qui sont sortis en soixante ans de rock nantais. Je suis donc devenu le spécialiste du rock nantais après ces quatre livres, et j’ai eu peur de me retrouver enfermé là-dedans puisque j’ai eu le sentiment d’en faire le tour et je ne voulais pas passer ma vie à parler de ça. En plus de ça, j’arrive à quarante-neuf ans alors que j’en avais trente-neuf à l’époque de mon premier bouquin, et je ne sors plus voir des concerts tous les soirs. Je me suis donc senti moins légitime pour parler des nouveaux arrivants.

Comment t’es venue l’idée d’écrire L’Année du Rock Français ?
Je ne suis pas chauvin : je n’ai jamais dit que Nantes était la meilleure scène de France, et aujourd’hui je ne dis pas que le rock français est le meilleur rock au monde. J’écoute de tout, et j’apprécie toutes les scènes musicales françaises ou étrangères. Mais j’ai eu l’idée de faire un état des lieux du rock français en me rendant compte qu’il n’existait rien de tel et après avoir discuté avec quelqu’un de plus jeune que moi qui me soutenait qu’il n’y avait plus rien de bon sur la scène française. Les gens sont simplement moins curieux, mais ceux qui pensent qu’il n’y a rien eu depuis Téléphone ont tort, il faut simplement prendre la peine de chercher. J’ai donc voulu faire l’Année du Rock Français.

Comment expliques-tu la méfiance générale à l’égard du rock français, et la fameuse citation de Lennon (« Le rock français c’est comme le vin anglais ») ?
Je pense tout simplement qu’au départ cette mauvaise réputation était en grande partie méritée ! Les français jouaient mal et sonnaient comme des mauvaises copies des Anglo-Saxons. Les Anglais ont le rock dans le sang, tu vas dans n’importe quel pub à Londres et ça joue…

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avec Boris Jardel, guitariste d’Indochine

D’ou vient cette différence  ?
C’est tout simplement dû au fait qu’ils baignent dedans. D’ailleurs en France c’est en train de changer depuis une quinzaine d’années. De nombreux groupes actuels n’ont rien à envier aux Anglais, et leurs accents sont excellents. Il y a une vingtaine d’années, l’accent anglais des Français était systématiquement ridicule. C’est aussi une question de contexte : les groupes travaillent, font des résidences, ils sont accompagnés, on ne les lâche pas comme ça dans la nature.

Comment expliques-tu l’écart de niveau instrumental depuis une quinzaine d’années ?
Pour commencer il y a une grosse différence au niveau des instruments disponibles. Quand j’étais gamin, il fallait travailler cinq week-ends pour se payer une guitare ! Aujourd’hui, avec une petite électrique comme les Eagletone, tu peux jouer un bon moment avec ! En plus de ça, les gamins prennent des cours beaucoup plus tôt. A mon époque, on commençait vers seize ans parce qu’on aimait le rock, alors que les gamins d’aujourd’hui savent déjà très bien jouer à cet âge-là. Quand je vois le niveau de mon fils à la basse, c’est impressionnant !

L’Année du Rock Français est présenté comme l’édition 2014-2015, cela veut donc dire que tu comptes en sortir un par an ?
Si j’en vends quatre on y réfléchira, mais si le premier marche, le but du jeu est d’en sortir un pour an, comme l’Année du Cinéma. Je vois bien les futurs lecteurs se replonger dans les éditions d’il y a trois ou dix ans en se disant « c’est marrant, à l’époque ce groupe commençait à peine à se faire connaître et aujourd’hui ils sont au top ! ».

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Quel est ton rôle au sein de cette aventure ?

Ma mission aujourd’hui est de chapeauter la ligne éditoriale, c’est-à-dire de faire les grands choix d’artistes et de montage du projet. Dans cette édition j’ai écrit un tiers des pages, mais je veux faire écrire le plus de bonnes volontés possible : plus il y aura de contributeurs, plus le prisme sera large. Je n’ai pas la prétention de tout connaître ou de tout apprécier. C’est un état de lieu, et les gens qui y sont le méritent, quel que soit leur style.

Joues-tu d’un instrument ?
J’y suis venu sur le tard. Quand j’avais 15 ans je jouais de la batterie, mais je n’étais pas un très bon batteur, j’ai à peine joué en groupe. Après ça j’étais chanteur, et j’ai appris la guitare il y a cinq ans seulement. Je me suis installé à la campagne près de Nantes et j’ai donc plein de copains qui viennent régulièrement passer des vacances à la maison. Le guitariste d’Indochine est venu trois semaines, le guitariste d’Eiffel est venu aussi… Donc logiquement, quand ils passent, on fait le bœuf !

Quelle est ta guitare ?
Je joue sur une Takamine gaucher, je l’ai achetée avec les royalties de mon premier livre il y a dix ans !

Quels seraient tes trois albums préférés de tous les temps ?
C’est horrible de ne pouvoir en choisir que trois, je suis un bouffeur de musique ! Je mettrais forcément Pornography de Cure, je mettrais Original Mirrors par le groupe du même nom, et en petit dernier je mettrais l’album Mémoire Tropicale du groupe De La Jolie Musique.

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