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Pee Wee Ellis (saxophoniste) – Interview

Par Woodbrass Team

Pee Wee Ellis est un monument du saxophone, et il représente à lui tout seul un pont tendu entre le jazz be bop des années 50 et la funk naissante des années 60. On se souvient surtout de lui comme un membre très important du groupe de James Brown à la grande époque, et il peut même se vanter d’avoir participé à l’écriture de classiques comme Cold Sweat ou Say It Loud (I’m Black And I’m Proud). Dix ans déjà que le légendaire saxophoniste jouait sur des instruments Yamaha après une longue période sur Selmer, et la marque japonaise n’était même pas au courant ! Lorsque Yamaha a finalement appris qu’une telle légende avait choisi leurs saxophones, ils lui ont proposé de devenir leur ambassadeur. C’est donc grâce à ce partenariat que Pee Wee Ellis est venu donner une masterclass à la Woodbrass Music School le samedi 25 avril. A cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec lui.

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Tu es considéré comme un musicien de funk mais tu as été formé au jazz avec Sony Rollins et tu as enregistré du blues. Comment définirais-tu ces styles les uns par rapport aux autres ?
Il n’y a pas de différence pour moi. Tout dépend de comment la musique est faîte, de ce que joue le batteur, le bassiste, le pianiste… Je suis influencé par ce qui se passe dans le groupe au sein duquel je joue. Ce qu’on appelle le funk exige de la section rythmique qu’elle soit funky ! Ce que je joue sera alors influencé par ça. Mais je suis avant tout un musicien de jazz, c’est ce que j’ai étudié. La manière dont je l’applique dépend de ce qui m’influence au moment où je joue, tout se passe dans le moment, l’ici et le maintenant.

Le placement rythmique est une partie essentielle de ton approche. Tu joues légèrement au fond du temps, est-ce conscient ?
Oui, absolument. La tendance naturelle d’un musicien est de presser le rythme, de jouer en avant du temps. Je combats donc consciemment cette inclinaison afin de créer une tension. Cela permet à la musique d’avoir de l’espace pour respirer, les pauses permettent de créer une énergie qui va de l’avant.

En concert, tes morceaux peuvent durer une dizaine de minutes et personne ne s’ennuie. Est-ce le produit de cette énergie ?
La répétition est un élément essentiel.

Te rapproches-tu dans ce choix d’une sorte de musique de transe ?
Tout à fait. Mais la musique doit rester minimaliste et sélective. Un public s’accroche à ce qu’il peut suivre et ce qu’il comprend, et il faut donc leur donner quelque chose de simple. Mais simple ne veut pas dire stupide, il y a une énorme différence. La simplicité est extrêmement importante puisque le cerveau humain ne peut pas assimiler un nombre d’informations infini. Si tu le surcharges, tu perds le public. Entre musiciens, nous suivons la fameuse règle du KISS : « keep it simple stupid » (reste simple, crétin !).

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Lorsque tu joues en tournée, y a-t-il des soirs ou tu te sens moins à l’aise que d’autres ?
Bien sûr !

Comment t’en sors-tu dans ces cas là ?
Je redouble d’efforts et je fais de mon mieux ! Le spectacle doit continuer. Quand tu es musicien, il n’y a pas de congé maladie ou de RTT, il y a un concert à faire ! L’idéal est d’être avec des bons musiciens qui ont le même état d’esprit que toi. Le fait d’être en bonne santé mentale et physique est aussi indispensable. J’essaie de bien manger, de bien dormir, je prends mes pilules contre le diabète et le cholestérol. Mes années à faire la fête toute la nuit sont loin derrière moi : j’ai connu la drogue, l’alcool, je suis allé en enfer et j’en suis revenu.

Chicken est devenu un standard. En le composant il y a presque quarante ans, pensais-tu qu’il aurait tant de succès ?
Pas du tout. J’ai simplement écrit cette chanson en pensant aux groupes qui voudraient la jouer, les petits groupes locaux. Je voulais faire une bonne chanson pour jammer, pour jouer ce qui te passe par la tête par d essus. Et je pense que j’y suis arrivé. Ça me plaît toujours d’entendre d’autres musiciens qui la jouent. Jaco Pastorius a vraiment compris ce que je voulais dire, et c’est en reprenant Chicken qu’il l’a rendue populaire.

Tu as monté les JB Horns avec Fred Wesley et Maceo Parker (eux aussi d’anciens musiciens de James Brown). As-tu immédiatement senti cette connexion lorsque tu as joué avec eux ?
Absolument, c’était instantanément comme si nos trois esprits n’en formaient qu’un. Nous avons grandi en écoutant les mêmes choses : la musique de big bands, le jazz, le Rn’B, Ray Charles. Le talent de James Brown est ce qui a permis d’unifier tout ça.

James Brown était lui-même un fan de Ray Charles n’est-ce pas ?
Absolument, qui ne l’était pas ?

Tu as aussi collaboré avec le chanteur Van Morrison, peu de gens en parlent.
Oui, je ne sais pas pourquoi ! Je suis quelqu’un d’éclectique, j’ai l’esprit ouvert et j’ai la capacité de m’adapter aux différentes situations. C’est une bonne chose car la musique de Van Morrison me plaît beaucoup. Je ne le connaissais pas avant de travailler avec lui, et il était impressionné par mon expérience avec James Brown. Sa musique est très imagée et vivante, simple mais très présente. Notre collaboration a été un succès puisque je pense avoir apporté quelque chose à sa musique.

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