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Ryan Loftus (ingénieur concepteur Telefunken) – Interview

Par Woodbrass Team

Peu de noms sont aussi légendaire dans le milieu de l’audio que Telefunken. La marque allemande a été fondée en 1903, et elle est responsable de la fabrication de modèles de micros légendaires, notamment le M251 qui hante encore les rêves de nombreux collectionneurs à l’heure actuelle. C’est justement ce modèle qui a été le premier réédité en 2002 par Telefunken Electroakustik, la version américaine de la société qui s’est spécialisée dans l’audio pro. Parmi les ingénieurs chargés de créer les micros de demain en s’inspirant des designs d’hier, il y a Ryan Loftus qui est passé nous rendre visite pour une interview passionnante.

RWL-Telefunken-Headshot

Bonjour Ryan. Peux-tu te présenter ?
Je travaille chez Telefunken depuis 7 ans, j’ai commencé par l’assemblage en soudant des circuits intégrés puis je me suis occupé de la série de produits R-F-T, et je m’occupe désormais de la recherche, du développement de produits, de la recherche de pièces et des nouveaux designs qui peuvent devenir de nouveaux produits.

Comment s’organise ton travail chez Telefunken ?
Mon calendrier fonctionne par vagues. Il y a un autre ingénieur qui travaille avec moi, et nous travaillons actuellement sur la finalisation d’un produit. Nous avons donc recherché toutes les parties pour le fabriquer, nous avons écouté et mesuré ces différents éléments, conçu toutes les machines pour l’assemblage, et nous commençons à réfléchir au prix auquel il sera proposé.

TFunk_CU-29_Copperhead_MicRencontrez-vous des difficultés pour trouver certaines pièces indispensables à la fabrication de vos produits ?
Nous avons une place unique sur le marché en cela que la plupart des nos produits sont construits autour de lampes. Notre but est d’utiliser uniquement des lampes New Old Stock (ndr : « vieux stock neuf », c’est-à-dire des lampes fabriquées pendant l’âge d’or des lampes, avant les années 70, mais qui n’a jamais été utilisée). Pour le CU-29 Copperhead par exemple, nous avons conçu le circuit autour de la lampe Telefunken allemande EF-95 N.O.S., et nous avons donc dû nous assurer que nous pouvions avoir une dizaine de milliers de ces lampes en stock pour commencer la production. Nous ne voulons pas lancer un micro et nous retrouver incapables de le produire au bout de quelques mois. Il viendra peut être un moment où nous serons contraints d’utiliser des lampes neuves, mais pour l’instant nous avons du stock pour une vingtaine d’années encore.

Quelle partie du son dépend de la lampe par rapport au circuit ?
Le circuit est en grande partie là pour mettre la lampe en valeur et lui permettre de fonctionner le mieux possible. L’élément le plus important d’un microphone est sa capsule et sa réponse en fréquences. C’est le premier élément, celui qui transforme un son en signal électrique. La lampe arrive juste derrière dans le circuit, ce qui la rend donc très importante elle aussi.

Est-ce que le fait d’avoir un passé de constructeur de modèles comme le U-47 ou le C-12 est un poids ou une inspiration pour vous lorsqu’il s’agit de concevoir de nouvelles références ?
C’est une inspiration, sans hésiter. Il y a certains de nos designs qui s’inspirent de ces légendes, et ainsi nous ne partons pas de zéro. Le AR-51 par exemple reprend la lampe ECC81 et le transformateur de sortie que le C-12 et le 251. Pour le CU-29 en revanche, nous avions beaucoup plus de liberté créative puisque nous sommes partis de la lampe plutôt que d’un circuit existant.

telefunken_ela-m_251e_1Vous êtes partis avec l’objectif de créer un classique moderne, n’est-ce pas ?
Nous avons voulu concevoir un micro qui capte la source de manière très naturelle, très honnête, qui ne soit pas trop colorée de manière à pouvoir servir sur tous les instruments possibles. Ce produit en sorti en 2011, et avant ça nous l’avons envoyé à plusieurs ingénieurs du son qui travaillent avec nous pour ajuster ses caractéristiques. Ils nous ont tous dit qu’ils avaient beaucoup aimé sa douceur, et le fait qu’il n’y a pas besoin d’EQ pour calmer les aigus.

Vous avez beaucoup travaillé sur l’aspect visuel du Copperhead. Penses-tu que l’apparence d’un micro influence la manière dont le son est perçu ?
Oui bien sûr ! Il est très important d’aimer l’apparence de son matos, surtout lorsqu’on chante il est important de se sentir en confiance face au micro. Lorsqu’un chanteur est face à un micro spécial comme le 251 ça rajoute un petit quelque chose à la performance…

Combien de temps la conception du CU-29 vous a-t-elle prise ?
La conception nous a pris deux ans du début à la fin du projet, et la plupart des employés ont été impliqués à un moment ou à un autre de la conception. Nous sommes une équipe d’une quinzaine de personnes.

Est-il difficile pour toi de décider que tu as terminé la conception d’un modèle ?
Oui, c’est un peu compliqué. Quand tu sors quelque chose qui va être évalué par tout le monde, tu veux vraiment explorer les moindres recoins. Le critère ultime est la satisfaction de l’utilisateur final, même si en tant qu’ingénieur tu es toujours frustré de ne pas avoir pu aller encore un peu plus loin…

telefunken_m82aQuelle est votre dernier projet en date ?
Il s’agit du M-82, un micro dynamique à large diaphragme avec deux switches d’EQ intégrés pour l’adapter à la grosse caisse ou la voix parlée. C’était ma première expérience de conception d’un dynamique. A l’heure actuelle, nous sommes en train de travailler sur un micro FET à petit diaphragme, le premier FET signé Telefunken ! Nous nous sommes inspirés de la capsule du ELA M 260 en l’adaptant pour un FET.

Es-tu toi-même musicien ?
Oui, c’est par là que tout a commencé. Je suis guitariste.

Sur quelles guitares joues-tu ?
Je suis gaucher donc ça limite un peu les options. J’ai une Martin HD-28, une Fender Telecaster American Vintage 52 et je viens d’acheter une Eastman T386, une copie de ES-335.

Joues-tu dans un groupe ?
Oui, nous jouons du rock avec d’autres employés de Telefunken. A une ou deux exceptions près, nous sommes tous musiciens. Nous avons un studio d’enregistrement dans les locaux de l’entreprise, ce qui nous permet de faire des vidéos, de tester les micros mais aussi d’enregistrer notre propre musique la nuit !

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