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Success Story : le Selmer Mark VI

Par Patrick McManus – Woodbrass Team

Il y a moins d’un mois, un saxophone ténor de 1956 s’est vendu à plus de 10 000 dollars sur eBay. Un seul modèle peut prétendre justifier une dépense pareille, et il s’agit bien sûr du légendaire Selmer Mark VI, que nous vous présentons ici.

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Le pire, c’est qu’on peut presque dire que l’heureux enchérisseur a fait une affaire : en général les exemplaires en bon état sont annoncés autour de 18 000 dollars. Lorsqu’on sait que ces instruments ont été fabriqués par Selmer à Mantes-La-Ville, au fin fond des Yvelines, il y a presque de quoi pousser un cocorico. La contribution des français à l’Histoire du jazz ne s’est donc pas limitée à Django (qui était belge) : ils ont donné leur outil aux meilleurs instrumentistes. Ou plutôt vendu, puisque même à l’époque les Selmer étaient des instruments luxueux. La série Mark VI a été introduite en 1954 (décidément une belle année pour la musique) et a remplacé les Super Action. Le développement avait commencé dès 1951, en étroite collaboration avec le saxophoniste français Marcel Mule. Les Mark VI étaient donc conçus pour la musique classique, mais ils s’exprimeront dans des registres bien plus larges.

http://a142.idata.over-blog.com/300x300/2/35/25/99/giantsteps.jpgLa construction d’une légende
Quelle que soit la version (baryton, alto, tenor…), le modèle est devenu la référence, et a accompagné le développement de la musique qui l’a exposé au grand public. En 1954, Miles Davis joue avec Max Roach, Art Blakey et Charles Mingus. Deux ans plus tard, il embauche John Coltrane au saxophone, et les deux réécrivent les règles du jeu sur Kind Of Blue (1959). Coltrane fera du Mark VI le symbole de la libération musicale de l’époque, et son approche mélodique a ouvert tellement de portes que l’outil qui l’a aidé dans cette démarche ne pouvait que devenir une icône lui aussi. Dans les années 60, c’est Ornette Coleman qui amène la révolution du free jazz : là encore, un Mark VI est à ses côtés. Depuis, l’enthousiasme pour la série n’est pas retombé.

Légende vivante
Les collectionneurs recherchent avec encore plus d’avidité les modèles de la première époque, avant 1962. Ils sont surnommés les « five digits », en raison de leur numéro de série à cinq chiffres, avant le passage à six. Cependant, le ténor de Coltrane datait de 1965 et ça n’a pas eu l’air de le bouleverser. Selmer a bien sûr tenté de reproduire le Mark VI récemment, sous le nom de Reference 54 (comme son année de lancement original donc). Cette série, datant du début des années 2000, reprend les schémas à l’identique mais bien entendu les méthodes de construction ont changé : la précision dans le travail du laiton n’a plus rien de comparable. À l’époque du Mark VI, il restait des tout petits trous et bosses qui n’existent plus à l’heure actuelle. La qualité de fabrication est donc plus constante, et on évite les mauvaises surprises que peuvent réserver certains vieux Mark VI, mais les puristes diront qu’on perd une partie de la magie. Quoi qu’il en soit, ce qui fait un bon instrument est avant tout la manière dont il a été joué et le nombre d’heures de jeu. À vous donc de trouver votre Reference 54 et de le jouer suffisamment pour en faire un instrument à 18 000 dollars dans quelques dizaines d’années !

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2 commentaires sur “Success Story : le Selmer Mark VI”

  1. Jojo la quéquette dit :

    Il me semblait que Coltrane jouait sur un New Balanced et non sur un Mark VI…

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