Susan McCarthy (Responsable du Woodbrass Store cuivres et bois) – Interview

par Woodbrass Team

Le 20 août dernier avait lieu à Londres une série de concerts pour célébrer les 80 ans de William Bennett. Ce flûtiste, surnommé Wibb par ses élèves et amis, a énormément influencé nombre de très grands musiciens qui ont eu la chance de suivre ses cours. Parmi eux, Susan McCarthy a connu un parcours très original, mélangeant musique classique, jazz et influences beaucoup plus exotiques, et vous la trouverez depuis peu au Woodbrass Store cuivres et bois, dans lequel elle transmet sa passion avec son léger accent britannique et son enthousiasme communicatif.

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Peux-tu nous raconter ton parcours ?
J’ai commencé la flûte à 9 ans. Je jouais déjà du tin whistle avec mon père qui jouait de l’accordéon. J’ai appris des morceaux irlandais, et j’ai choisi la flûte traversière parce que ça se rapprochait du tin whistle, en commençant sur une Yamaha. J’ai fait un stage très intense en Tchécoslovaquie juste avant de passer les auditions pour la Royal Academy Of Music à Londres. Ça m’a permis de jouer des morceaux que personne ne connaissait que j’avais trouvé là-bas, et j’ai donc eu ma place à l’Academy comme ça. J’y suis entré l’année où le flûtiste William Bennett venait de revenir à Londres. Pour être en cours avec lui, il y avait une pré-audition d’une minute et demie, puis une vraie audition. J’étais très naïve, je n’avais pas conscience de son statut, et je lui ai donc présenté mes morceaux tchèques. Ça a joué en ma faveur : il a trouvé ça génial et il m’a prise dans son cours. Il n’avait pourtant pris que deux élèves cette année. J’ai fait trois ans avec lui. J’ai ensuite été flûtiste soliste à Londres, et lorsque j’ai eu mes enfants je n’ai pas pu continuer ma carrière. J’ai déménagé à Paris et j’ai eu du mal à m’intégrer au milieu classique local. J’ai rejoint le groupe The Shanakies, avec qui nous avons joué en première partie de Blur pour la tournée Park Life. J’ai joué dans de très nombreuses salles, comme le Bataclan, l’Olympia, le Divan du Monde, la Philarmonie, le 104, le Royal Festival Hall, et bien d’autres.

Que fais-tu à l’heure actuelle ?
Je joue avec la chanteuse lyrique iranienne Darya Dadvar , qui mélange musique persane, jazz et classique. On a joué à Toronto, Londres… Dans de très nombreux endroits, mais pratiquement jamais en France. Ça fait dix ans que je joue avec elle, et vu qu’elle a aussi des enfants on joue moins qu’avant, mais normalement on part en Suède en Novembre. Je joue aussi avec l’association Les Petits Riens, et je donne des cours de flûte pour eux.

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William Bennett

Quel est ton rôle chez Woodbrass ?
Je suis responsable du Woodbrass Store Vents et Bois, c’est un travail énorme ! On organise beaucoup d’évènements afin d’animer la communauté des musiciens français dans ce domaine. Certains nous voient encore comme un supermarché d’instruments mais ça n’est pas du tout le cas, nous sommes une vraie équipe de passionnés. Il y a des conférences, des masterclasses…

Quelles sont les contraintes propres aux cuivres et aux vents ?
Lorsqu’un musicien achète un instrument de ce type, il faut absolument qu’il l’essaie auparavant, ce qui prend du temps. Il faut nettoyer l’instrument, le désinfecter, et faire le tour de la gamme existante pour trouver l’outil parfait.

Quelles sont tes marques préférées ?
En tant que flûtiste, j’adore les Muramatsu mais nous en avons très rarement en magasin. Nous en commandons tout le temps mais elles mettent très longtemps à arriver. Pour les flûtes, les trompettes et les clarinettes d’étude, Eagletone est très bon. Dans le haut de gamme, nous allons bientôt faire Altus, et il s’agit de la marque que j’aimerais bien acheter. William Bennett est justement un artiste Altus, tout comme de nombreux artistes qui ont suivi ses cours : Emily Beynon (Soliste du Royal Concertgebouw Orchestra), Lorna McGhee (Soliste avec le Pittsburgh Symphony Orchestra) et Denis Bouriakov (Soliste avec le Los Angeles Philharmonic Orchestra).

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Emily Beynon

Quelle est ta flûte personnelle ?
Je joue sur une flûte française qui a 130 ans, une Bonneville. Elle n’est pas facile à jouer, le mécanisme est dur, mais le son est excellent. La mienne n’est même pas argent, elle est en nickel ! Quand j’ai vu Wibb à Londres, je lui ai parlé de cette flûte et il m’a dit « ne la vend pas, il faut que tu la gardes toute ta vie ». Ces flûtes ont un son et une vibration bien particulière. Le concepteur des flûtes Altus était d’ailleurs fasciné par les flûtes françaises et a cherché à savoir pourquoi elles avaient ce son, et il en a donc fendu une pour tout étudier à l’intérieur. C’est cette flûte que j’aimerais avoir, elle a ce son unique et le mécanisme est fabuleux donc c’est beaucoup plus facile à jouer que la mienne.

Et musicalement, quels sont tes goûts ?
Je joue de tout donc j’écoute tout ! Beaucoup de musique irlandaise, du jazz, des musiques traditionnelles, du classique orchestral comme Chostakovitch… Tout sauf de la variété française !

Quelle expérience tires-tu de tes cours avec William Bennett ?
Il est complètement fou, très expressif… J’étais sans doute trop jeune pour en profiter pleinement, j’avais tout juste 18 ans et je ne me rendais pas compte de son importance internationale. Quand il t’a pris en cours avec lui c’est que techniquement tu es parfaitement au point, et il ne parle donc que de musique. Il te pousse à aller plus loin pour que tu puisses vraiment t’exprimer, et pour ça il est génial. Il faisait des soirées où il me mettait face à un autre musicien, il nous donnait une phrase, l’autre devait me la jouer en me détestant, et je devais lui rejouer en l’aimant, et ça pouvait continuer pendant des heures ! Il est important d’être poussé dans ses derniers retranchements pour trouver sa musicalité. Le problème est qu’à l’époque j’avais quand même quelques problèmes techniques, ce que j’ai ensuite corrigé avec mon professeur suivant, Sebastian Bell. La technique n’est qu’un début et un moyen.

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