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Joseph D’Anvers (chanteur / guitariste) – Interview

Par Woodbrass Team

Sortez dès maintenant vos agendas : le 27 mai, Joseph D’anvers sera sur la scène de l’Européen à Paris. Sachant de quoi ce chanteur / guitariste / compositeur est capable, il serait dommage de rater ça. Entre Alain Bashung, Dick Rivers et les Beastie Boys, ses collaborations sont diverses et ont toutes un vrai sens artistique. Si son nom vous est encore inconnu, nous vous conseillons vivement de vous pencher sur son dernier album, Les Matins Blancs. Il est venu au showroom Woodbrass Deluxe pour parler avec nous de guitare et de production musicale.

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Comment t’es venue la passion de la musique et de la guitare ?
Quand j’étais gamin j’avais envie de faire du piano et de la guitare mais mes parents n’ont jamais voulu mes payer ni les cours, ni l’instrument. Au lycée il y avait cette fille que je ne pouvais pas avoir, et je lui ai écrit une chanson à quatre accords avec un pote qui écoutait Metallica et Guns n’ Roses. J’ai réussi à la conquérir, et je me suis dit que la guitare, c’était bien ! Je savais que mon grand-père faisait de la musique mais je pensais qu’il jouait du musette, jusqu’à ce que je découvre qu’il avait joué du jazz dans les caves parisiennes après la guerre. Il a commencé par la batterie puis il a fait de la gratte, puis il est passé au musette parce qu’il fallait bien manger. Il avait une Jacobacci, et je l’ai récupérée. On m’a présenté ça comme une vieille guitare qui ne valait rien avec des cordes qui avaient 30 ans, je pensais que c’était de la merde donc j’ai joué sous la pluie avec, j’ai joué dehors alors qu’il neigeait… Maintenant j’en suis malade ! Un jour je me suis décidé à aller voir un luthier puisque le manche était un peu fêlé, et il m’a dit que j’avais un trésor ! Une Super Deluxe de la fin des années 50… Les frères Jacobacci ne le faisaient que sur mesure, et j’ai donc galéré pour trouver un flight case ! En général les Super Deluxe sont en bois clair alors que celle-ci est en bois foncé. Je l’ai branchée dans un vieux Twin Reverb et je suis tombé à la renverse. J’ai donc fait le premier album et la tournée avec, pour les sons d’acoustiques métalliques et médium. Les sons électriques c’était la Gretsch White Falcon.

L’écriture de chansons est donc venue en même temps que la pratique de la guitare ?
Absolument. Tous mes potes faisaient déjà du tapping néo-classique sur du Steve Vai ou du Stevie Ray Vaughan, et je me suis dit que je n’y arriverais jamais, que j’avais déjà trop de retard. J’ai donc décidé que je ferais les chansons. On a monté des groupes, mes potes faisaient les guitar heroes et moi j’étais le mec qui composait. J’ai vite compris que c’est ce que je voulais faire.

L’apprentissage de l’écriture de chansons est un processus délicat et mystérieux. Te considères-tu à l’heure actuelle comme quelqu’un qui sait composer ?
Non, j’ai toujours ce complexe du mec qui a appris tout seul. Je me suis formé avec une méthode qui s’appelait « les accords du blues et comment s’en servir ». Pourquoi les accords du blues ? Je ne sais pas. A l’époque je n’avais même pas encore l’idée que ce style était à la racine de tout. C’est un magasin à Nevers qui m’avait conseillé ça. J’ai grandi avec le rock des années 90 : Kurt Cobain, Sonic Youth, Dinosaur JR… Cette idée qu’on ne chante pas bien, qu’on ne joue pas très bien mais qu’on s’en fout ! Il m’a fallu du temps pour aller vers le beau, vers le vrai son. Pendant très longtemps j’ai fait du post rock, et le but était de ne ressembler à personne, donc je jouais avec une Samick imitation telecaster sur un ampli Rebel et un Zoom 3030 ! Du coup personne n’avait le même son, mais personne ne le voulait non plus !

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Quelles sont tes guitares principales à l’heure actuelle ?
Avant j’emmenais ma Jacobacci sur scène, et j’ai une vieille Strat Squier qui sonne la mort, et j’ai récupéré une vieille Tele une 72, à Los Angeles quand j’enregistrais avec les Beastie Boys. Et du coup à force de les jouer sur scène je voyais les coups et l’usure apparaître, et je me suis rendu compte que j’osais moins attaquer les cordes à cause de ça… Je me suis donc trouvé une Duesenberg, je l’ai essayée dans un magasin sans connaître et j’ai trouvé ça génial ! Je ne joue que sur le simple bobinage, il y a du grain, j’ai un son ample et épais. En acoustique j’ai une Gibson Songwriter Deluxe, je voulais une Martin mais pour les rythmiques métalliques c’est excellent. Et je veux que mes acoustiques sonnent aussi dans mon ampli.

Et quel est ton ampli justement ?
Maintenant j’ai un Fender Princeton Reverb blackface de 67 que je peux faire cruncher, avant je jouais sur mon Twin Reverb que je ne mettais jamais au-delà de 1 !

Qu’attends-tu d’un instrument ?
J’aime bien que les guitares sonnent de manière unique, un peu comme Damon Albarn (Blur) qui utilise une Baby Taylor. Au Brésil, les musiciens fabriquent eux-mêmes leurs instruments, c’est le meilleur moyen de sonner comme soi-même. Je ne suis pas un musicien qui accompagne plein de monde en s’adaptant discrètement, je dois amener mon son puisque c’est à moi de porter la vision.

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Ton album Les Matins Blancs a été co-financé par du crowfunding. Considères-tu ce mode de fonctionnement comme le futur du business musical ?
Nous sommes en pleine mutation, il est donc difficile d’avoir la réponse à l’heure actuelle. On aura toujours besoin des maisons de disques pour avoir des vrais directeurs artistiques qui sont capables de détecter les talents, pour faire une sélection. Le problème actuel des maisons de disques c’est qu’elles ont peur, et quand on a peur on réfléchit moins, on prend des décisions à court terme. Ils sont perdus, ils ne savent plus ce qu’il faut signer.

Peut-on faire un vrai bon album avec un budget si réduit que ce que permet le crowfunding à l’heure actuelle ?
Tout dépend de ton esthétique musicale. Si tu veux de très beaux sons, des grandes J-200 très larges et des cordes, ça va forcément coûter cher. L’ultra démocratisation du studio a du bon et du moins bon. Quand j’étais ado, j’avais un quatre pistes à cassette, ma Jacobacci et un Shure SM58 et j’enregistrais mes titres comme ça. Le son était pourri mais du coup quand je réécoute maintenant je trouve ça intéressant. Je n’avais pas de sampler donc je prenais des boucles de Chet Baker que j’enregistrais à la volée, c’était de la fausse boucle qui tournait mal. A l’heure actuelle, n’importe quel lycéen peut faire quelque chose de techniquement parfait sous Garage Band, c’est incroyablement pro mais ça manque d’originalité, ce sont des sons qu’on a entendus mille fois.

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